Alexis Grizard, orgue

Rêves
CD label Rocamadour

Le label Rocamadour a pour objectif de contribuer au rayonnement de ce lieu emblématique. Il a établi un partenariat fructueux avec le CNSMD de Paris, permettant ainsi à de jeunes artistes formés dans cette prestigieuse institution de bénéficier d’un enregistrement et de sa diffusion.
C’est dans ce cadre qu’est née cette production titrée Rêves et dont l’interprète est Alexis Grizard. Ce jeune organiste de vingt-quatre ans a choisi le grand-orgue de l’église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles à Paris, pour jouer un programme entièrement consacré au XXe siècle.
Le récital s’ouvre avec le Prélude à l’après-midi d’un faune, de Claude Debussy. Cette œuvre orchestrale majeure du début du XXe siècle est proposée ici dans une transcription de l’interprète. On compare souvent l’orgue à un orchestre symphonique: ses multiples jeux aux sonorités évocatrices d’instruments (flûte, trompette, hautbois… ) y sont pour beaucoup. Cependant, transposer à l’orgue l’écriture impressionniste de Debussy n’est pas chose aisée tant les deux univers semblent éloignés. Alexis Grizard utilise ici les plans sonores du grand-orgue de Sainte Eustache avec une grande intelligence. Les récits expressifs, qui permettent de créer des crescendi et decrescendi extrêmement progressifs, rendent le résultat totalement convaincant. Les jeux solistes utilisés ne semblent pas avoir été choisis pour imiter fidèlement les instruments de l’orchestre, mais proposent une relecture parfaite de l’œuvre dans ce nouveau contexte. Bien entendu, l’interprétation achève de parfaire l’ensemble, avec une parfaite maîtrise technique de l’organiste.
Alexis Grizard propose ensuite une autre transcription d’une œuvre orchestrale, toujours de Debussy, en l’occurrence les Nocturnes. On apprécie à nouveau une adaptation à l’orgue extrêmement réussie. Les jeux de fonds, les voix célestes concourent avec bonheur à la création d’une atmosphère toute en demie-teinte et en nuances subtiles. Le passage central de Fêtes, qui évoque l’arrivée d’un cortège joyeux et festif est merveilleusement restitué grâce aux effets expressifs de cet orgue symphonique. Il en est de même pour Sirènes, qui dans la version originale introduit un chœur de femmes entièrement vocalisé. Une fois encore, l’adaptation réinvente l’œuvre tout en lui restant fidèle. Une superbe réussite!
Le programme s’achève avec Debout sur le soleil de Jean-Louis Florentz (1947-2004). Cette œuvre a été composée en 1991 pour le grand-orgue de Saint Eustache, elle trouve donc ici son instrument idéal. Alexis Grizard nous montre ici son talent d’interprète dans une œuvre majeure du répertoire contemporain. L’auditeur se laisse emporter dans cette vaste fresque musicale, dans les masses harmoniques mouvantes, dans les mélodies incantatoires qui émergent sur les magnifiques jeux de détail.
Nous avions déjà entendu Alexis Grizard dans l’intégrale de l’œuvre pour orgue d’Olivier Messiaen, parue chez Forlane. Il signe ici une production superbe qui montre la vitalité et le talent de la jeune génération d’organistes formés au CNSMD de Paris, comme dans d’autres conservatoires français. Concernant Alexis Grizard, nul doute qu’une magnifique carrière s’ouvre à lui et nous avons hâte de l’entendre à nouveau.

Pierre-Jean Schoen
Publié le 06/07/2026 à 18:26.