Théâtre du Capitole
> 4 juin
Hommage à Giovanni Battista Velluti
Le dernier castrat

Entre la sulfureuse Salomé et la flamboyante Carmen qui clôturera la saison, le théâtre du Capitole a proposé un concert exceptionnel du contre-ténor Franco Fagioli, en hommage à l’un des derniers castrats, Giovanni Battista Velluti (1780-1861), Stracciavelluti de son vrai nom, avant que la papauté n’interdise ce procédé qu’elle avait initié. On sait que la voix exceptionnelle de Velluti a inspiré de nombreux compositeurs, ainsi Rossini pour le rôle d’Arsace dans Aureliano in Palmira, très proche musicalement du célébrissime Barbier, ou Meyerbeer qui en fit son Armando dans Le croisé en Egypte. Il créa également le rôle-titre de l’Andronicus de Mercadante.
Qui pouvait mieux que Franco Fagioli, l’un des plus remarquables contre-ténors actuels pour rendre cet hommage, déjà popularisé par un enregistrement de 2024 avec les chœurs et l’orchestre de l’Opéra royal de Versailles dirigés par Stefan Plewniak, leur album «The last castrato – Arias for Velluti, » suivi d’une tournée au Canada, aux États-Unis puis en Europe.
Stefan Plewniak, violoniste, est le chef d’orchestre de l’Opéra royal de Versailles qui fait une entrée originale et en fanfare: annoncés par le tambour, les musiciens pénètrent sur scène (et en sortiront en fin de concert) en interprétant la «Danse du grand calumet» des Indes Galantes. L’effet est sans doute un peu facile et plus d’un critique a regretté certaines approximations et le relatif peu d’intérêt des œuvres qui ne laissaient pas de place à Fagioli, pour lequel le public se déplace.
En première partie, Fagioli interprète en douceur un air de Decebalo du Traiano in Dacia de Giuseppe Nicolini. Sensible, maîtrisant bien les difficultés de la partition, qui requiert un souffle long , très contrôlé, Fagioli est fort applaudi, comme il l’est encore dans l’arioso introductif du «Vedrai quest’anima» de Paolo Bonfichi. On retrouve les mêmes qualités dans la scène tirée de Carlo Magno de Nicolini.
Après l’entracte, si on ne regarde pas le programme, on se croirait à l’écoute du Barbier de Séville et de sa célèbre ouverture. En fait, dans la tradition du XVIIIe siècle, Rossini recyclait ses mélodies et en réalité on écoute sa scène et cabalette d’Arsace dans Aureliano in Palmira, qui sera reprise d’abord dans Elisabetta Regina d’Inghilterra avant le Barbier… et, à l’origine, Aureliano in Palmira, composée pour le castrat Velluti. Fagioli démontre la maîtrise d’une technique virtuose parfaitement maîtrisée. C’est subtilement nuancé, parfaitement articulé, un vrai moment de bonheur qui se poursuit dans le «Si bel contento in giubilo, » extrait d’Andronico de Mercadante, qui clôt le programme. Les applaudissements nourris du public lui valent deux bis, d’abord «O! come da quel dì», le grand air d’Arsace au premier acte de Semiramide, suivi du «Non ti scordar di me» d’Ernesto de Curtis.
C’est incontestablement éblouissant, Fagioli a une présence intense sur scène, mais comme nous l’avons déjà dit ici pour d’autres récitals, il y a une aspect formaté: l’orchestre ne veut pas être seulement accompagnateur, donc déploie son propre programme, ce qui a pour conséquence que venu pour le chanteur, qui, à certains égards, se ménage, le public en voudrait plus, comme l’a justement souligné le critique de Diapason.
Danielle Anex-Cabanis
Qui pouvait mieux que Franco Fagioli, l’un des plus remarquables contre-ténors actuels pour rendre cet hommage, déjà popularisé par un enregistrement de 2024 avec les chœurs et l’orchestre de l’Opéra royal de Versailles dirigés par Stefan Plewniak, leur album «The last castrato – Arias for Velluti, » suivi d’une tournée au Canada, aux États-Unis puis en Europe.
Stefan Plewniak, violoniste, est le chef d’orchestre de l’Opéra royal de Versailles qui fait une entrée originale et en fanfare: annoncés par le tambour, les musiciens pénètrent sur scène (et en sortiront en fin de concert) en interprétant la «Danse du grand calumet» des Indes Galantes. L’effet est sans doute un peu facile et plus d’un critique a regretté certaines approximations et le relatif peu d’intérêt des œuvres qui ne laissaient pas de place à Fagioli, pour lequel le public se déplace.
En première partie, Fagioli interprète en douceur un air de Decebalo du Traiano in Dacia de Giuseppe Nicolini. Sensible, maîtrisant bien les difficultés de la partition, qui requiert un souffle long , très contrôlé, Fagioli est fort applaudi, comme il l’est encore dans l’arioso introductif du «Vedrai quest’anima» de Paolo Bonfichi. On retrouve les mêmes qualités dans la scène tirée de Carlo Magno de Nicolini.
Après l’entracte, si on ne regarde pas le programme, on se croirait à l’écoute du Barbier de Séville et de sa célèbre ouverture. En fait, dans la tradition du XVIIIe siècle, Rossini recyclait ses mélodies et en réalité on écoute sa scène et cabalette d’Arsace dans Aureliano in Palmira, qui sera reprise d’abord dans Elisabetta Regina d’Inghilterra avant le Barbier… et, à l’origine, Aureliano in Palmira, composée pour le castrat Velluti. Fagioli démontre la maîtrise d’une technique virtuose parfaitement maîtrisée. C’est subtilement nuancé, parfaitement articulé, un vrai moment de bonheur qui se poursuit dans le «Si bel contento in giubilo, » extrait d’Andronico de Mercadante, qui clôt le programme. Les applaudissements nourris du public lui valent deux bis, d’abord «O! come da quel dì», le grand air d’Arsace au premier acte de Semiramide, suivi du «Non ti scordar di me» d’Ernesto de Curtis.
C’est incontestablement éblouissant, Fagioli a une présence intense sur scène, mais comme nous l’avons déjà dit ici pour d’autres récitals, il y a une aspect formaté: l’orchestre ne veut pas être seulement accompagnateur, donc déploie son propre programme, ce qui a pour conséquence que venu pour le chanteur, qui, à certains égards, se ménage, le public en voudrait plus, comme l’a justement souligné le critique de Diapason.
Danielle Anex-Cabanis
Publié le 17/06/2026 à 19:27.