Octuors

Félix Mendelssohn, George Enescu
Belcea Quartet; Quatuor Ébène. CD Erato.

Si le quatuor à cordes est une formation de prédilection pour de nombreux compositeurs à partir de l’époque classique, l’octuor l’est beaucoup moins. Composer pour un ensemble de quatre violons, deux violons altos et deux violoncelles requiert une expertise à laquelle peu de compositeurs ont tenté de se confronter. À l’autre bout de la chaîne, si l’on peut dire, se lancer dans l’interprétation d’une telle pièce est également un défi pour les musiciens, défi qui demande une écoute mutuelle et une cohésion renforcées.
Le quatuor Ébène et le Belcea Quartet s’unissent pour nous proposer d’écouter sur ce CD l’octuor en mi bémol opus 20 de Mendelssohn (1825) et celui en ut majeur opus 7 de George Enesco (1900). Curieuse coïncidence: ces deux compositeurs ont écrit leurs octuors à un très jeune âge, 16 ans pour Mendelssohn, 19 ans pour Enesco. Ce sont donc deux œuvres de jeunesse dans lesquelles une énergie certaine s’exprime, avec des langages musicaux différents selon leur époque de création.
L’octuor de Mendelssohn, bien qu’il soit dense, nous amène dans un univers léger et frais sans pour autant céder à la superficialité. Celui d’Enescu nous plonge dans une atmosphère beaucoup plus tourmentée, complexe et requiert une écoute plus soutenue. La succession de ces deux pièces forme donc un programme ambitieux et exigeant mais aussi équilibré et intéressant.
La performance des interprètes est impressionnante. Toutes leurs forces sont jetées, en particulier pour Enescu, et on ressort de cette écoute comme étourdi, de manière tout à fait positive, après avoir été transporté au coeur d’un véritable tourbillon musical.
La rencontre de ces deux quatuors pour cet enregistrement n’est pas un hasard. Une collaboration s’est faite entre les deux formations pour des concerts et l’on ressent nettement la complicité qui existe entre ces huit interprètes.
L’écriture musicale pour l’octuor à cordes se caractérise par une épaisseur et une dimension sonore impressionnante. Les interprètes savent en restituer ici toute la force et c’est un plaisir que d’en entendre le résultat dans ces deux très belles œuvres.

Pierre-Jean Schoen
Publié le 09/03/2026 à 20:24.