Mūza Rubackytė, piano

Penderecki : Resurrection, Ciaccona
CD evidence

Krzysztof Penderecki (1933-2020) est un compositeur et chef d’orchestre d’origine polonaise qui a marqué les esprits, dans cette seconde moitié de XXe siècle, par le côté avant-gardiste de son langage musical. Se plaçant d’abord dans les pas de la musique sérielle, il invente ensuite son propre univers, multipliant les usages détournés des instruments à cordes et faisant usage des clusters (masse de notes dissonnantes) comme des chromatismes à des fins expressives. On ne peut que subir un choc en écoutant le Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima (1960), pour 52 instruments à cordes, traduction musicale glaçante de l’horreur de cette tragédie de l’Histoire.
C’est un autre choc de découvrir l’autre facette de l’œuvre de Penderecki que l’on trouve dans ce CD. Les effets sonores inouïs, dérangeants voire même violents, sont désormais remplacés par un langage musical qui n’hésite pas à renouer avec une écriture plus conventionnelle, pour ne pas dire presque consensuelle.
Nous entendons pour commencer le Concerto pour piano «Résurrection» , enregistré lors d’un concert en public. Écrit à la suite des attentats du 11 Septembre 2001, le propos est encore une fois très fort émotionnellement. Mūza Rubackytė tient la partie soliste du piano avec brio et inspiration, sa proximité avec Penderecki l’ayant sans aucun doute guidée dans son travail. Il en est de même du Lithuanan National Symphony Orchestra, dirigé par Keri-Lynn Wilson. Tous deux rendent hommage à la partition riche en tableaux et atmosphères variés. L’osmose entre le piano et l’orchestre donne une vie palpable ainsi qu’une grande énergie à l’ensemble et nous transporte du début à la fin. À noter également la présence d’un carillon de cloches, vers la fin de l’œuvre, surprise qui apporte à l’ensemble une dimension sonore exceptionnelle. C’est donc une très belle œuvre à découvrir.
Pour conclure, une pièce pour piano seul: Ciaccona «In memoriam Giovanni Paolo II». En reprenant la forme ancienne de la chaconne, Penderecki propose une œuvre répétitive, presque incantatoire, dont l’harmonie devient quasiment entêtante. Nous sommes à nouveau dans le domaine de l’émotion avec cet hommage du compositeur à son ami, le Pape Jean-Paul II, également son compatriote. Chopin, autre compatriote illustre, n’est jamais loin dans cette pièce!
Cet enregistrement met en lumière, s’il en était besoin, ce compositeur célèbre du XXe et du XXIe siècle mais qui, finalement, mériterait une plus grande exposition dans la vie musicale.

Pierre-Jean Schoen

Lien vers l’album sur Spotify
Publié le 23/02/2026 à 19:09.