Raynaldo Hahn

Le Dieu bleu, ballet en un acte
CD B. Records

Pratiquement oublié depuis sa création en 1911 par son commanditaire, Diaghilev, pour ses Ballets Russes, le Dieu bleu est en fait apparu au mauvais moment, bien qu’il ait été écrit sur un argument de Jean Cocteau et d’incontestables qualités, notamment d’avoir Nijinski en titulaire du rôle principal. Surfant sur la vague de l’orientalisme, très en vogue alors, Diaghilev avait espéré renouveler le succès de Shéhérazade, mais la consécration n’est pas au rendez-vous, même si les critiques sont d’abord plutôt positives, mais le public ne suit pas.
Le ballet romantique s’essouffle et la lame de fond nouvelle, due à Daphnis et Chloé de Ravel ou plus encore à Petrouchka, le relègue dans les oubliettes, de manière sans doute injuste. La musique de Raynaldo Hahn est en fait de fort bonne facture et somme toute passablement originale, telle qu’on la redécouvre, servie par l’interprétation lumineuse des Frivolités parisiennes sous la direction de Dylan Corlay, en grand effectif (environ 70 musiciens), alors que lors de la création, le talent n’était pas vraiment présent. On découvre une œuvre très riche où Hahn, souvent réduit au rôle de compositeur de mélodies pour jeunes filles de bonne famille, fait preuve d’une inventivité remarquable. Pour l’instant, il s’agit d’une seule recréation musicale, il n’est pas encore d’actualité de remonter le ballet, chorégraphié la première fois par Michel Fokine, qui avait également chorégraphié Daphnis et Chloé.
Comme dans Lakmé de Delibes, c’est l’histoire d’une jeune fille menacée. Là, elle devrait être livrée pour un sacrifice rituel aux Dieux, pour avoir interrompu une cérémonie de consécration d’un jeune homme qu’elle aime. Finalement, le Dieu bleu intervient , la sauve et les amoureux se retrouvent. On ne peut qu’espérer que les ressources seront trouvées pour remonter le ballet, aisé à dépoussiérer si cette crainte, outre le coût, peut brider certaines initiatives.

Danielle Anex-Cabanis
Publié le 18/02/2026 à 14:08.