Elisabeth Sombart

Mozart, Concertos pour piano
Royal Philharmonic Orchestra. CD Rubicon.

Mozart fête son XXIe anniversaire en achevant son neuvième concerto, qu’il crée lui-même à Munich le 4 octobre 1777 à l’occasion d’un concert privé. Bien qu’encore très jeune, le compositeur fait preuve d’une belle maturité, maîtrisant parfaitement les techniques les plus nouvelles, ainsi dans le premier mouvement, l’orchestre débute par une ouverture en fanfare que le piano vient interrompre, amorçant ainsi une sorte de dialogue qui se poursuit tout au long du mouvement, avec un jeu subtil de domination en alternance. Le second mouvement en mode mineur, ce qui est exceptionnel chez Mozart, – seulement cinq concertos – avec un effet d’écho entre les violons en sourdine et les cordes graves, qui encadrent, voire enveloppent le piano qui avec une belle détermination. On peut y trouver un avant-goût qui culmine avec la sublime cadence qui se termine sur l’expression d’une douleur intense. Dans le 3e mouvement, Rondeau Presto, certains voient des réminiscences de l’opera buffa associées à une sorte de course folle du piano, interrompue par un gracieux menuet, avant de reprendre. Fidèle aux pratiques de son temps, Mozart n’hésitait pas à se plagier à moins qu’il ne soit plus approprié de parler de recyclage…
L’interprétation proposée est brillante, la partition l’exige, mais va au-delà grâce à une sensibilité frémissante parfaitement maîtrisée, grâce une technique sans faille et le refus de tout débordement superflu. Maîtrise et virtuosité sont au rendez-vous.
Premier composé d’une trilogie, les concertos K 413 à 415, le concerto no 12 en la majeur, K414, s’inscrit dans une phase faste pour Mozart, qui a enfin coupé les liens avec Colloredo, le détestable archevêque de Salzbourg, et a réalisé son rêve de s’installer à Vienne. L’œuvre reflète la légèreté et la joie de vivre, on peut même parler d’insouciance. Loin de toute dramatisation, la partition propose un dialogue paisible entre le soliste et l’orchestre. Mozart en était lui-même assez satisfait et il écrivait à son père qu’il avait trouvé «le juste milieu entre le trop difficile et le trop facile; ils (les concertos) sont très brillants, agréables à l’oreille, naturels, sans tomber dans la pauvreté». Il évoque même des réminiscences de Jean-Chrétien Bach. Finalement sans illusion sur les connaissances musicales de son public, Mozart montre sa détermination à en conquérir un le plus large possible. Cela ne freine en rien son génie, Olivier Messiaen se plaisait à le souligner en analysant ce concerto en particulier. L’interprétation est à la hauteur de ce programme. Elisabeth Sombart sait alterner les passages de virtuosité et ceux plus pudiques si l’on peut dire grâce à un jeu parfaitement maîtrisé. Pas de mièvrerie pas de fureur démonstrative. C’est très équilibré et là encore fort convaincant.

Danielle Anex-Cabanis
Publié le 11/02/2026 à 12:13.