Les deux suites de Rachmaninov

Martha Argerich et Alexandre Rabinovitch-Barakovsky
CD Cascavelle

Dans ce disque, la plus incandescente des pianistes – Martha Argerich – s’allie avec l’un des meilleurs représentant de l’école pianistique russe – Alexandre Rabinovitch – dans un programme des plus varié. Les deux suites de Rachmaninov sont jouées dans un style enflammé parcouru par une éloquence et une articulation d’une précision à faire pâlir nombre de pianistes. Le mouvement lent de la suite numéro deux emporte l’auditeur dans une rêverie toute mélancolique, l’échelle des nuances, la délicatesse du toucher laisse admiratif.
Dans les mouvements rapides (Tarentelle) nos interprètes se muent en véritable orchestre dans un tempérament volcanique.
Laideronette impératrice des pagodes (extrait de Ma Mère l’Oye de Ravel) est interprété sans s’attarder (c’est le moins que l’on puisse dire) donnant un côté miniature et humoristique à la pièce de Ravel.
Paradoxalement, la célèbre Valse de Brahms (op. 39 15) est jouée en toute humilité, dans une discrète élégance, sans surligner la ligne mélodique d’un rubato excessif.
Le programme se termine par des bis joués par Alexandre Rabinovitch lors du Festival Piano aux Jacobins de Toulouse en 1996.
Il en est de même pour ces Préludes de Rachmaninov joués en bis, souvent interprétés avec un alanguissement et moult effets. Ici point de tout cela, la clarté du discours sert cette musique avec une réelle conviction. C’est aussi l’occasion d’entendre ce grand pianiste qui malheureusement n’a pas une discographie pléthorique.
L’osmose entre nos deux artistes reste exemplaire, aucun hiatus ne venant troubler cette parfaite entente.
Un très beau disque où des artistes ont des choses à dire, à proposer malgré le fait d’une discographie bien pourvue.

Très bonne prise de son même s’il s’agit d’un enregistrement pris sur le vif en concert.

Michel Pertile

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Publié le 03/02/2026 à 21:23, mis à jour le 03/02/2026 à 21:30.