Théâtre du Capitole
> 23 janvier
La Passagère
Photographies par Mirco Magliocca
Un spectacle d’une beauté intense, chargé d’émotion. Du roman de Zofia Posmysz, paru en 1962, après une pièce radiophonique (1959), un téléfilm (1960), naît un projet d’opéra dont le livret est confié à Alexander Medvedev. L’opéra est achevé avec le soutien de Chostakovich en 1968, mais interdit de représentation parce que jugé antisoviétique. Le régime ne pouvait tolérer que le martyre du peuple juif porte ombrage aux souffrances russes pendant la seconde guerre mondiale, la question des victimes du communisme n’est pas à l’ordre du jour. Brièvement résumée, la trame met en scène un couple d’Allemands qui voguent vers le Brésil où le mari va occuper un poste diplomatique. Ils sont heureux, lorsque la femme, Lisa, croit reconnaître une passagère. Son passé remonte à la surface: cette femme serait une détenue d’Auschwitz où Lisa était surveillante, ce qu’elle doit avouer à son mari horrifié, bien qu’elle dise n’avoir tué personne et s’être contentée d’obéir aux ordres, s’étonnant même que tous les détenus les haïssaient. L’auteur creuse cette relation horrible entre tortionnaires et victimes, avec comme objectif qu’il ne faudra jamais oublier, sinon jamais pardonner.
Lisa, en pleine panique, corrompt le maître d’hôtel pour qu’il se renseigne sur la mystérieuse dont on finit par savoir qu’elle est de nationalité britannique, mais lit un livre en polonais.
Le bateau pivote et on est dans le stalag des femmes à Auschwitz, dont toute l’horreur est suggérée (vêtements et valises jetés par des officiers SS) ou présentée dans toute sa brutalité: la surveillante chef hurle les matricules des détenues vouées à la chambre à gaz, les survivantes pour un temps, qui ne se font aucune illusion, se soutiennent et s’entraident. Lisa, toujours enfermée dans sa bonne conscience, se souvient des petits passe-droits qu’elle octroyait pour manipuler ses victimes. Elle n’éprouve aucun remords, alors qu’elle est l’incarnation de la manipulatrice perverse, manifestant à plusieurs reprises son étonnement devant le manque de reconnaissance de ses prisonnières… pourtant l’antagonisme était inévitable. Les deux «camps» sont soulignés par deux styles musicaux, en même temps que les protagonistes s’expriment dans la langue de leur pays d’origine, toutes les langues slaves, même du français, avec des réminiscences des différentes traditions et folklores, alors que l’allemand est la langue du pouvoir, des certitudes et de la brutalité. Le goût des bourreaux est exécrable et le compositeur s’applique à le faire percevoir. C’est toute la musique officielle nazie qui est ridiculisée, alors que malgré l’horreur de leur situation, les brimades, les détenus conservent leur passion pour la beauté, même lorsque leur détermination peut aller jusqu’à leur mort.
Les voix sont extraordinaires: Maria d’abord, Anaïk Morel, bouleversante par sa voix d’abord, mais aussi sa gestuelle pudique et très expressive, exprimant le malheur de toutes, mais aussi la volonté d’être plus forte que le mal. Elle, comme ses compagnes dans leurs tenues de prisonnières, ont une force, pour certaines une foi qui les soutient. Une vieille prisonnière, Bronca, incarnée par Janina Baechler, illustre cette autre forme de résilience, avec une détermination, une dignité, qu’elle prie ou soutienne les autres prisonnières. Katya, la Russe, (Céline Laborie) chante une sublime complainte, évoquant son pays, avec une nostalgie et une douceur qui fait penser aux mélodies sur des poèmes de Pouchkine. Yvonne, la Française, (Julie Goussot), partagée entre désespoir et espoir, veut apprendre le français à Katya, pour après, «quand on sortira». Malgré les brimades, malgré la peur, elles sont forts, elles sont belles. Toute la laideur, ce sont les tortionnaires, qui cumulent quand le commandant du camp exige d’un prisonnier violoniste, Tadeusz, le fiancé de Maria (Mikhail Timoschenko) qu’il joue sa valse préférée lors du concert du camp, alors qu’il entend l’envoyer à la mort. Tadeusz jouera le sublime Chaconne de Bach, remarquablement interprétée par le premier violon, est ensuite roué de coups à mort. C’est le pied de nez de la beauté aux monstres. On retourne sur le bateau et cala se termine sans se finir. Le couple vogue vers son destin, Lisa sûre de n’avoir rien à se reprocher, la passagère repasse. Est-elle Maria, il y a de fortes probabilités, mais un doute subsiste. Elle apparaît dans foulard, sans lunettes, sans imper…
Le rideau se baisse, laissant la salle sous le choc de l’émotion, avant que les spectateurs n’applaudissent avec détermination et force pendant plus de 20 minutes. Le chef (Francesco Angelico) a offert une prestation exceptionnelle de finesse et de passion. Quand au metteur en scène, Johannes Reitmeier, il a réussi un tour de force en imaginant ce décor unique tournant, qui moyennant quelques détails changés devient d’un réalisme insoutenable.
Danielle Anex- Cabanis
Lisa, en pleine panique, corrompt le maître d’hôtel pour qu’il se renseigne sur la mystérieuse dont on finit par savoir qu’elle est de nationalité britannique, mais lit un livre en polonais.
Le bateau pivote et on est dans le stalag des femmes à Auschwitz, dont toute l’horreur est suggérée (vêtements et valises jetés par des officiers SS) ou présentée dans toute sa brutalité: la surveillante chef hurle les matricules des détenues vouées à la chambre à gaz, les survivantes pour un temps, qui ne se font aucune illusion, se soutiennent et s’entraident. Lisa, toujours enfermée dans sa bonne conscience, se souvient des petits passe-droits qu’elle octroyait pour manipuler ses victimes. Elle n’éprouve aucun remords, alors qu’elle est l’incarnation de la manipulatrice perverse, manifestant à plusieurs reprises son étonnement devant le manque de reconnaissance de ses prisonnières… pourtant l’antagonisme était inévitable. Les deux «camps» sont soulignés par deux styles musicaux, en même temps que les protagonistes s’expriment dans la langue de leur pays d’origine, toutes les langues slaves, même du français, avec des réminiscences des différentes traditions et folklores, alors que l’allemand est la langue du pouvoir, des certitudes et de la brutalité. Le goût des bourreaux est exécrable et le compositeur s’applique à le faire percevoir. C’est toute la musique officielle nazie qui est ridiculisée, alors que malgré l’horreur de leur situation, les brimades, les détenus conservent leur passion pour la beauté, même lorsque leur détermination peut aller jusqu’à leur mort.
Les voix sont extraordinaires: Maria d’abord, Anaïk Morel, bouleversante par sa voix d’abord, mais aussi sa gestuelle pudique et très expressive, exprimant le malheur de toutes, mais aussi la volonté d’être plus forte que le mal. Elle, comme ses compagnes dans leurs tenues de prisonnières, ont une force, pour certaines une foi qui les soutient. Une vieille prisonnière, Bronca, incarnée par Janina Baechler, illustre cette autre forme de résilience, avec une détermination, une dignité, qu’elle prie ou soutienne les autres prisonnières. Katya, la Russe, (Céline Laborie) chante une sublime complainte, évoquant son pays, avec une nostalgie et une douceur qui fait penser aux mélodies sur des poèmes de Pouchkine. Yvonne, la Française, (Julie Goussot), partagée entre désespoir et espoir, veut apprendre le français à Katya, pour après, «quand on sortira». Malgré les brimades, malgré la peur, elles sont forts, elles sont belles. Toute la laideur, ce sont les tortionnaires, qui cumulent quand le commandant du camp exige d’un prisonnier violoniste, Tadeusz, le fiancé de Maria (Mikhail Timoschenko) qu’il joue sa valse préférée lors du concert du camp, alors qu’il entend l’envoyer à la mort. Tadeusz jouera le sublime Chaconne de Bach, remarquablement interprétée par le premier violon, est ensuite roué de coups à mort. C’est le pied de nez de la beauté aux monstres. On retourne sur le bateau et cala se termine sans se finir. Le couple vogue vers son destin, Lisa sûre de n’avoir rien à se reprocher, la passagère repasse. Est-elle Maria, il y a de fortes probabilités, mais un doute subsiste. Elle apparaît dans foulard, sans lunettes, sans imper…
Le rideau se baisse, laissant la salle sous le choc de l’émotion, avant que les spectateurs n’applaudissent avec détermination et force pendant plus de 20 minutes. Le chef (Francesco Angelico) a offert une prestation exceptionnelle de finesse et de passion. Quand au metteur en scène, Johannes Reitmeier, il a réussi un tour de force en imaginant ce décor unique tournant, qui moyennant quelques détails changés devient d’un réalisme insoutenable.
Danielle Anex- Cabanis
Publié le 03/02/2026 à 21:12, mis à jour le 03/02/2026 à 21:13.