Élodie Vignon, piano

Songes
Czech Virtuosi, direction Eric Lederhandler.
CD Cypres.


Ne cherchons pas au titre paresseux de l’album Songes d’explications alambiquées. Élodie Vignon et l’orchestre qui l’accompagne dans deux œuvres, Czech Virtuosi, ont voulu se faire plaisir en associant des pages qui du Nord au Sud de l’Europe esquissent des paysages évocateurs ou emportent dans des récits plus passionnés. Deux Sibelius encadrent une Ballade de Fauré et les Nuits dans les jardins d’Espagne de Manuel de Falla. Pour le piano et l’orchestre réunis, des «impressions symphoniques pour orchestre et piano», pour reprendre le sous titre de l’œuvre du compositeur espagnol – , et pour l’orchestre seul, des pages de Sibelius ouvrent pour l’auditeur des horizons contrastés. Avec Le Retour de Lemminkaînen final des Quatre légendes de Sibelius écrites entre 1893 et 1895, l’orchestre des Czech Virtuosi et le chef Eric Lederhandler nous propulsent avec éclat et force percussions dans l’univers épique des sagas nordiques. Quelle opposition insolite et peu convaincante avec la Ballade de Fauré (1881) qui suit! Ce n’est pas le Fauré que nous préférons d’un romantisme édulcoré. L’interprétation, certes virtuose, est ici comme alanguie, presque mièvre, se complaisant dans des joliesses molles. Les trois tableaux sensuels de de Falla, conçus d’abord pour piano seul, puis créés en 1919 pour piano et orchestre sont évocation d’une Andalousie rêvée par le compositeur et fondée sur de nostalgiques souvenirs. Les voilà brossés avec un sens de la poésie et des couleurs beaucoup plus vif, qui rend justice à l’épanouissement sensoriel de cette musique vibrante. La Danza lejana pétille joliment. Mystère de la composition de cette escapade exotique, nous revoilà sans piano dans les brumes nordiques pour une émouvante ballade de Sibelius (1913), entre onirisme et impressionnisme que l’orchestre joue avec pudeur et tendresse.
Curieux objet musical qui hors de l’ancrage historique délimité (quelque 30 ans) n’offre à l’écoute aucune unité réelle. La promenade, sentimentale, arpente des territoires culturels variés. Mais l’interprétation manque de force et de conviction… pour convaincre l’auditeur de son intérêt.

Jean Jordy

Publié le 01/04/2025 à 17:17, mis à jour le 02/04/2025 à 11:12.