Orpheus

Hommage à Saint-Saëns
Trio Zadig. Trio 2 en mi mineur op. 92; Rameau, pièces de clavecin en concert; Liszt, Orpheus transcriptions de Saint-Saëns. CD Fuga Libera.

Le trio Zadig nous offre un programme consacré à Saint-Saëns à l’occasion du centenaire de sa mort en 2021.
Si tout le monde connaît ce compositeur, on connaît bien moins en revanche les transcriptions qu’il a faites. Ce CD nous permet donc de découvrir, outre le Trio avec piano 2 en mi mineur, deux œuvres de Rameau et Liszt qu’il a lui-même arrangées.
L’écoute débute par le Trio. C’est une pièce exigeante pour les interprètes. Le violoniste Boris Borgolotto et le violoncelliste Marc Girard-Garcia sont au premier plan mais le piano n’est pas en reste. Sa partie, souvent très virtuose, demande une technique redoutable que le pianiste Ian Barber maîtrise avec brio. Au cours des cinq mouvements, la complicité du trio est étroite: les instruments dialoguent, s’entremêlent, s’opposent, se réunissent. En résumé, une pièce de grande envergure que l’on a envie d’écouter à plusieurs reprises afin de mieux en apprécier l’interprétation de grande qualité.
Nous découvrons ensuite une curiosité avec la transcription des pièces un et cinq de clavecin en concert de Rameau. L’arrangement en lui-même est original et permet de découvrir ces pièces sous un nouveau jour. Ici, point d’interprétation “baroqueuse”, mais des choix sans aucun doute fidèles à la manière dont on jouait ce répertoire à la fin du XIXe siècle. Et cela fonctionne très bien, d’autant plus que le jeu clair et précis des musiciens permet une écoute très agréable de cette écriture.
La transcription d’Orpheus de Liszt clôt ce CD. Ce poème symphonique, qui passe donc ici de l’orchestre au trio, ne perd rien de sa force et de sa puissance. On passe de moments intimistes à d’autres grandioses et impétueux. Les trois musiciens semblent se démultiplier pour permettre à l’œuvre de se déployer pleinement, et le résultat est magnifique.
Le piano choisi pour cet enregistrement est l’opus 102 un instrument doté de 102 notes (au lieu de 88) et récemment conçu par Stephen Paulello. Sans doute faut-il être expert dans l’écoute du piano pour apprécier toute la spécificité de ce modèle, mais c’est l’occasion d’entendre cet instrument étonnant et novateur.

Pierre-Jean Schoen