Fauré et Schumann

Pour harpe et violoncelle
Fauré, Schumann, Marie-Pierre Langlamet, harpe, Martin Löhr, violoncelle. Pièces diverses de Fauré et Schumann, arrangements. CD Indésens.

Le label Indésens poursuit avec cet enregistrement confié à deux instruments sa collaboration originale avec les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Le concept est simple, magnifiquement mis en œuvre. Des solistes de l’illustre phalange se réunissent pour jouer de la musique de chambre. Après le Jardin féerique d’un Ravel éblouissant ici même chroniqué, la harpiste Marie-Pierre Langlamet qu’on retrouve avec un grand plaisir et le violoncelliste Martin Löhr s’associent pour que dialoguent Schumann et Fauré dans des romances sans paroles d’une distinction rare. Il s’agit ici de transcriptions de pages, souvent originellement pour piano et violoncelle, d’arrangements ingénieux et réalisés de main de maître. Plus que jamais, doit se mettre en place entre les deux instruments rarement appariés et leurs interprètes un dialogue qui impose écoute réciproque, recherche d’harmonies, complicités sonores, correspondances musicales, mariage de timbres. Le résultat s’avère exemplaire. Même les œuvres que l’on connaît par cœur dans leur version originale pour piano et violoncelle ressourcent leur humble mélancolie dans l’épanchement tendre et fluide de la harpe. L’auditeur reste de bout en bout sous le charme de ces musiques discrètes, secrètes, qui parlent à l’âme «sa douce langue natale». Le passage de l’un à l’autre des deux compositeurs, que sépare dans l’histoire de la musique l’Himalaya wagnérien, se fait tout en douceur dans des approches fraternelles en quelque sorte. Une conception semblable de la musique les lie en pleine quiétude. L’Elégie de Gabriel Fauré est sœur des Cinq pièces dans le ton populaire de Robert Schumann qui les suivent dans l’enregistrement. Leur répondent les Romances sans paroles du premier, puis, en une sorte de fondu enchaîné, s’épanchent Drei Romanzen du second et ainsi de suite, dans un jeu subtil de miroirs ou d’échos. Le disque n’est pas seulement le résultat magnifique d’une maîtrise technique hors pair, d’un goût musical exemplaire, mais celui d’une «pensée» qui construit un cheminement entre les deux compositeurs et en souligne comme la filiation. Dans un entretien accordé au site Crescendo Magazine, la harpiste témoigne: «La balance entre les deux instruments, qui pose peu de problèmes dans les pièces de Fauré, devient tout à coup très problématique dans les Fantasiestücke, Op 73 et les Romances, Op 94. Il est important que le violoncelle se prête au jeu de la conversation à voix basse. ». C’est peu dire que les deux solistes ont su nouer ce dialogue intime, complice et chaleureux, ce tête à tête à bâtons rompus.
Avec un art consommé de l’arrangement, qui recherche l’harmonie et la musicalité, Martin Löhr et Marie-Pierre Langlamet, admirables de sensibilité, renouvellent notre écoute de ces deux maîtres es mélodies dans un enregistrement où la technique instrumentale et l’expérience servent la pudeur, la discrétion et la profondeur de Schumann et Fauré, superbement réunis.

Jean Jordy


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