Utmisol

Écume légère, profondeurs insondables

ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE

Halle aux Grains

> 2 juin

Écume légère, profondeurs insondables
Photographies par JF Leclercq et Marco Borggreve 
Écume légère, profondeurs insondables
Photographies par JF Leclercq et Marco Borggreve 
Tugan Sokhiev, direction
Nicholas Angelich, piano


Ce concert était l’occasion de la création mondiale de la pièce Quasi lento de Bruno Mantovani. Cette dernière aurait aussi bien pu se nommer Quasi concerto tellement la place faite à la clarinette soliste est importante. D’une durée d’une vingtaine de minutes, commençant et finissant par de longs trémolos de l’instrument soliste, subissant de violentes déflagrations des percussions, reposant sur des soyeux tapis de cordes, elle semble s’envoler vers de lointains firmaments extatiques. Le public très réceptif ovationne longuement le clarinettiste David Minetti, Tugan Sokhiev et son orchestre et l’auteur qui leur a dédié cette œuvre.
Le concerto pour piano 3 de Serge Prokofiev n’a pas de secret pour Nicholas Angelich. Dans une optique plus «coloriste» que percussive, d’un toucher alliant clarté et respiration, ce grand soliste tempère avec une grande sérénité et mille nuances la tension âpre de cette page irradiante. Tout aussi inventif, Tugan Sokhiev, fait montre d’un abattage impressionnant pour fouetter son orchestre au tranchant acéré.
Dans La Mer de Claude Debussy, Tugan Sokhiev adepte d’une certaine perfection rythmique semble négliger l’expression purement visuelle des couleurs intrinsèques et les doux mystères qui imprègnent ces trois esquisses symphoniques. Il n’en demeure pas moins, s’appuyant sur les brillantes sonorités de son orchestre en grande forme, un ardent animateur de ces paysages maritimes.
Enfin dans la suite 2 de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel, les timbres de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse éclatent avec une beauté radiante. Tugan Sokhiev y montre une rigueur extrême qui ne gâche jamais le magnifique élan chorégraphique qui naît de son orchestre. Cette vision brûlante ne peut, à la fin, que nous embraser tous.

Jean-Félix Marquette