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Concertante !

Les Vents Français

Concertante !
 
Symphonies concertantes de Danzi, Mozart, Devienne, Pleyel. Les Vents français, Münchener Kammerorchestr, direction Daniel Giglberger. 2 CD Warner Classics. 52’03, 65’37.

L’album Concertante! réunit cinq symphonies concertantes, de Mozart à Ignaz Pleyel, en passant par Franz Danzi et François Devienne. Denis Verroust, flutiste, professeur et président de l’Association Jean-Pierre Rampal, signe une notice passionnante sur ce genre hybride qui faisait fureur entre 1760 et 1830 (on en recense quelque six cents), sans que l’on s’interrogeât trop sur sa dominante symphonique ou la primauté concertante. Le musicologue rappelle que Mannheim et Paris étaient les deux plus importants foyers de création, singulièrement pour la qualité des vents de leurs orchestres dont la virtuosité enjouée se prêtait aux climats festifs que la symphonie concertante se plait à créer. Le double CD consacre une bonne place à Franz Danzi qui met à l’honneur la flûte et la clarinette dans les deux œuvres choisies, que rejoignent dans la première (1785) le hautbois, le cor et le basson. Se découvre ici un compositeur plein de charme et de fantaisie, apte à instaurer entre l’orchestre et les vents d’accortes conversations, souvent savoureuses par les couleurs des sonorités déployées. La Symphonie concertante pour flûte et clarinette, plus tardive, se révèle tout aussi enjouée, d’un raffinement sonore plus subtil qui met le cœur en joie, mais aussi en émoi. Grâce en soit rendue aux deux éminentssolistes. De Mozart, les musiciens ont choisi un des sommets du genre (1778) qui opposent à un orchestre souriant le hautbois, la clarinette, le cor et le basson. D’authenticité douteuse cette œuvre, a-t-on prétendu? Du plus grand Mozart, voulez-vous dire. Les vents semblent, sans jamais rivaliser, nourrir une émulation vers plus de chant, plus de chatoiement, d’échos, d’entrelacements tendres, de frémissements grisants. L’adagio soupire dans un climat mystérieux de sereine poésie. L’andantino et ses dix variations ne relèvent pas seulement du génie musical, mais d’un sens de l’humour et de la fantaisie qui enchante. Les interprètes magnifiques se hissent à la hauteur du chef d’œuvre dont ils exaltent les merveilles avec grâce et subtilité. Devienne n’évolue pas sur les mêmes hauteurs. Ecrite pour flûte, hautbois, cor et basson, sa cinquième symphonie concertante (1793) joue comme au théâtre sur les entrées, sorties, dialogues, ensembles des instruments comme autant de personnages d’une alerte comédie. Elève de Haydn, Pleyel compose en 1802 une œuvre pour quatre instruments à vent et orchestre dont l’élégance ludique et le chant mélodieux apparaissent, servis par les Vents français, les qualités dominantes, que partage l’ensemble de l’album.
Réunissons sous les mêmes lauriers Emmanuel Pahut (flûte), François Leleux (hautbois), Paul Meyer (clarinette), Radovan Vlatkovic (cor), Gilbert Audin (basson), virtuoses aux chaudes sonorités et Daniel Giglberger qui dirige un Orchestre de chambre de Munich en verve, pour leur interprétation raffinée et spirituelle de ces œuvres dont l’écriture, la diffusion et le succès constituent un jalon essentiel de l’histoire de la musique.

Jean Jordy



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