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La Grande Guerre en Marseillaises

Jean-Philippe Lafont

La Grande Guerre en Marseillaises
 
La Grande Guerre en Marseillaises, chants et poèmes. Jean Philippe Lafont, baryton. Cyrille Lehn, piano. Editions Hortus. CD 68’05.

Quel curieux objet musical que ce CD! L’intention qu’exprime parfaitement le titre est de présenter au public contemporain les adaptations multiples qu’a suscitées pendant la Première Guerre mondiale notre hymne national. Les deux interprètes en ont sélectionné une quinzaine, poèmes patriotiques ou Marseillaises à couplets renouvelés. L’objectif historique parait pleinement rempli. Musicalement le compte s’avère un peu moins satisfaisant. Non que Jean Philippe Lafont, baryton à la carrière exceptionnelle et cher à notre cœur, et son inventif accompagnateur Cyrille Lehn déméritent dans cette fresque patriotique. Mais ces appels «aux armes citoyens» finissent par lasser. Aussi bien, n’écoute-t-on pas ce disque en continuité et l’auditeur curieux ira glaner ponctuellement quelques curiosités. Comme par exemple La Nationale, l’étonnante Arbeiter-Marseillaise, enregistrement d’époque qui conclut le disque, ou La Marseillaise de 1915, sur des vers de Maurice Renard qui sait tempérer le bellicisme nationaliste par un hymne européen plus ouvert: «La Marseillaise est tricolore, C’est un drapeau que nous chantons, Saluons ce drapeau sonore, Et pour lui, Français, combattons! Nous voulons dans l’Europe entière, Etablir la fraternité, La liberté, l’égalité, Notre devise calme et fière». Dans cette série éminemment patriotique, on distinguera un petit bijou d’esprit montmartrois, chanté et joué avec l’humour qui convient, Le Sabotage de la Marseillaise, dont il serait injuste et faux de distinguer le distique final pour évoquer le présent enregistrement: «J’trouv’que d’la jouer ainsi à tout instant, C’est saboter notre Marseillaise!». Car indiscutablement l’engagement intellectuel et artistique des deux interprètes mérite attention et respect. Ces adaptations, détournements et poèmes sont délivrés avec intégrité, et même une forme de tendresse que la voix, certes au vibrato prononcé, sert avec un mélange bien «français» de réserve, de distinction, d’émotion et de distance. Signalons les vives et facétieuses improvisations du pianiste et saluons le riche livret d’accompagnement, signé par l’historien de la chanson Martin Pénet, la reproduction des paroles et la fraiche iconographie (illustrations originales d’André Hellé) qui font de cet album très soigné un objet musical singulièrement instructif et touchant.

Jean Jordy