Utmisol

Bringuier et Wang

Orchestre de la Tonhalle de Zurich

Halle aux grains

> 2 mars

Bringuier et Wang
Photos par Jonathan Grimbert Barre et Nohely Oliveros 
Bringuier et Wang
Photos par Jonathan Grimbert Barre et Nohely Oliveros 
Lionel Bringuier, Orchestre de la Tonhalle de Zurich
Yuja-Wang, piano

Un orchestre exceptionnel, sans doute le meilleur de la Suisse aujourd’hui avec l’Orchestre de la Suisse romande, avec deux jeunes artistes, c’est un véritable festival. Le chef français, Lionel Bringuier, titulaire du pupitre de l’orchestre, et la jeune pianiste chinoise Yuya Wang, tous deux âgés de 28 ans, ont soulevé d’enthousiasme le public de la Halle aux Grains. Attaquer par le 3ème concerto de Rachmaninov, ce n’est pas choisir la facilité. Yuja-Wang s’en joue avec un naturel exceptionnel. Son jeu monte en puissance, mais sans négliger la subtilité et les nuances, car sa technique, éblouissante, n’est pas incompatible avec beaucoup de sensibilité. Elle a l’air de ces surfeurs des grandes vagues hawaïennes qui côtoient les pires creux et restent sur les crêtes en maîtrisant toutes leurs figures. Ses deux bis sont de la même veine. D’abord les Variations sur Carmen, de Vladimir Horowitz, créent une transe collective qui ne s’apaise qu’avec le Ballet des Ombres Heureuses extrait de l’Orphée et Eurydice de Gluck, arrangé pour le piano par Giovanni Sgambati.
L’Oiseau de Feu, d’Igor Stravinski, permet à l’orchestre de la Tonhalle de mettre en valeur ses exceptionnelles qualités que le chef utilise avec subtilité. Cors et vents y sont remarquables, notamment le solo de cor de la dernière pièce. Aucune enflure, mais une grande précision qui permet de goûter le charme de cette œuvre magique. Pour finir, La Valse de Ravel offre une conclusion superbe au concert. Ravel était fasciné par ce rythme à trois temps, mais en même temps s’en moque un peu. L’œuvre exprime bien une sorte d’envoûtement et simultanément de la dérision. Lionel Bringuier traduit cela avec une grande finesse et conduit parfaitement au déchaînement final. Deux bis remercient la salle de sa frénésie applaudissante: d ’ábord la Danse slave op. 46 8 de Dvořák puis la Farandole extraite de L’Arlésienne de Bizet.
Une soirée parfaitement réussie.

Danielle Anex-Cabanis