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Orlando Furioso le tant aimé !

Madrigaux sur des poèmes de l’Arioste

Orlando Furioso le tant aimé !
 
La Compagnia del Madrigale

En notre époque, en apparence si libre, il paraît peu compréhensible qu’un texte ait pu avoir l’importance qu’a eue l’Orlando Furioso de Lodovico Arioste durant plusieurs siècles après sa parution en1516. L’ironie subtile, la beauté des thèmes chevaleresques, amoureux malheureux et surtout la folie de Roland en une langue dite vulgaire a permis tout simplement à la pensée de se libérer de l’oppression religieuse réservant le savoir en Latin à des «happy few». Texte en Italien et en vers, les actions multiples, l’expression de sentiments humains très puissants seront utilisés avec ferveur par les compositeurs madrigalistes jusqu’à la fin du genre. Durant tout le XVI° siècle, véritable siècle d’or de ce genre qui vit la naissance du sujet amoureux en musique, les madrigalistes ont beaucoup utilisés ces vers de l’Arioste.
Avec intelligence et un goût exquis, La Compagnia del Madrigale, a composé un récital délicieux pour son premier CD. Tout y est parfait: le découpage en diverses sections du texte de l’Arioste, centré sur la naissance du sentiment amoureux, la douleur de la folie de Roland, la force de l’amour de Bradamente tout particulièrement, la qualité des compositeurs retenus, Orlando di Lasso, Giaches de Wert, Philippe Verdelot, Alessandro Striggio, Cipriano Rore, William Byrd entre autres; la beauté des voix et la souplesse des phrasés.
On ne peut rêver florilège plus varié et stimulant de madrigaux à 4, 5 ou 6 voix a capella. La partie centrale consacrée à la Folie d’Orlando utilise à trois reprises les vers les plus beaux écrits sur la mélancolie d’amour. Loin de créer la lassitude, la beauté du texte si habilement lié à des musiques si diverses prouve combien l’inspiration musicale naît de la qualité du texte et peut à l’infinie s’exprimer. Le numéro 9 prend littéralement à la gorge par sa gravité . . .
Si les Italiens ont pris le temps de s’approprier l’art des madrigaux, il faut reconnaître qu’à coté des références discographiques d’Alessandro Alessandrini, puis de la Venexiana, nous tenons-là des interprètes incontournables. Tous ces madrigaux d’avant Monteverdi sont sublimement offerts. La Compagnia del Madrigale peut oser à présent la quintessence des madrigaux monteverdiens sans peurs.

Voici un CD d’une rare intelligence et de toute beauté avec un programme passionnant. La prise de son est naturelle et vivante (on entend les chanteurs prendre leur respiration). Le livret traduit en français est très instructif et la traduction des vers de l’Arioste permet une fine compréhension de la force de ses vers.

Hubert Stoecklin

1 CD ARCANA: A 363; enregistré en 2009 et 2010.