Utmisol

Schuberts « Winterreise »

Hans Zender

Théâtre du Capitole

> 20 mars

Schuberts « Winterreise »
 
Klangforum Wien, direction Emilio Pomarico
Markus Brutscher, ténor


Posant le postulat que nos oreilles ne peuvent plus intégrer des interprétations historiquement fidèles parce que marquées par la musique composée ultérieurement, Hans Zender recompose le voyage d’hiver, tout en conservant le texte intégral des différents poèmes ainsi que l’essentiel de leur ligne mélodique, mais chacun étant replacé dans un ensemble instrumental de 24 musiciens, en principe sur scène, mais se déplaçant aussi que ce soit pour marquer le début et la fin du cycle ou pour produire des effets d’écho.
Le résultat est passablement déconcertant. Tout d’abord, on peut ne pas partager le point de vue de Zender, dans la ligne de ces nombreux ensembles et solistes qui jouent sur instruments d’époque ou reconstitués, en cherchant ce qu’ils analysent comme l’œuvre authentique, ce qui ne laisse aucune voie à la recomposition. Je ne choisirai pas cette posture qui n’aboutirait qu’au rejet et partirait du postulat qu’une œuvre peut en engendrer une autre, qui a alors sa propre vie et fait face à des jugements de valeur spécifique.
La voix de Markus Brutscher est superbe, a une grande amplitude. Fallait-il l’équiper en micro et le faire hurler en prime dans un micro secondaire, je n’en suis pas sûre. Sa voix ne le requiert pas.
Quant à la nouvelle musique, au demeurant pas inintéressante dans certains passages, elle pose à mon sens un problème fondamental: dès lors qu’elle est associée à un texte porteur de beaucoup de signification, tout en admettant la mutation de sensibilité, la quête de sens est essentielle. Là je suis perplexe: dans le voyage d’hiver, Schubert joue très en finesse sur le registre de la peine infinie, mais aussi sur celui de l’espoir, ces mouvements de l’âme ou du cœur étant associés à un environnement qu’il a su évoquer mieux que quiconque avec une exceptionnelle subtilité. La composition de Zender me semble disparate, les poèmes chantés sont une sorte d’inclusion dans un magma parfois indigeste. On entend plus la chevauchée des Walkyries ou certaines pièces particulièrement brutales de Kurt Weill que ne sont évoqués les paysages raffinés de l’imaginaire musical de Schubert. C’est bien fait, mais pourquoi y associer Schubert, que Monsieur Zender se contente de lui-même…

Danielle Anex-Cabanis.