Utmisol

Alexandre Tharaud

Versailles

Alexandre Tharaud
 
CD Erato

Le dernier album d’Alexandre Tharaud "Versailles" regroupe un florilège de pièces baroques de compositeurs français de Lully à Rameau. Le pianiste a composé un programme varié et divertissant avec ses 21 partitions "de chevet". Avec l’intelligence musicale et le raffinement stylistique que nous lui connaissons, l’interprète revisite des pages célèbres (textes originaux pour clavecin ou transcriptions) et réhabilite des compositeurs méconnus: Robert de Visée, Jean-Henry d’Anglebert, Claude Balbastre, joseph-Nicolas-Pancrace Royer, tous étonnamment très modernes.
Les fameux "Sauvages" chers aux pianistes, extraits des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau est ici livré dans une transcription de Léon Roques pour piano à quatre mains. Alexandre Tharaud et Justin Taylor, très complices jouent avec toute la fantaisie nécessaire à cette partition jubilatoire. La beauté du jeu des ornements dans la version du "Rappel des oiseaux " (suite en mi mineur) du même compositeur évoque de la dentelle musicale. Vivacité des mordants et appogiatures brèves, précision des gruppetto, délicatesse des trilles: une version éminemment poétique et colorée. Avec la virtuosité sans tapage magistralement déployée dans la Gavotte et doubles de la suite en la mineur, Alexandre Tharaud confirme son immense talent d’interprète: d’écouter la légèreté des notes répétees réellement bondissantes! Sabine Devieilhe, à la voix juste et rectiligne rejoint le pianiste pour une version épurée de l’Aria "Viens hymen" toujours extraite des Indes Galantes. " Les ombres errantes" (25ième ordre) de François Couperin vibrent d’un réel tragique. L’interprète joue avec les nuances usant d’un zoom dynamique du plus bel effet pour pointer telle ou telle autre phrase.
De Jacques Duphly, nous retiendrons le rondeau "La Pothoüin" (4e livre) combien émouvant. Dans la transcription par le pianiste de la "Marche pour la cérémonie des turcs" extraite du Bourgeois gentilhomme de Jean-Baptiste Lully renait tout le faste du grand siècle. Dans les variations sur les Folies d’Espagne de Jean-Henry d’Anglebert qui concluent l’opus, l’interprète jongle avec les notes, redessine l’architecture du texte et souligne clairement la ligne mélodique passant de la main droite à la main gauche avec une fluidité déconcertante. Alexandre Tharaud rend un digne hommage à ces compositeurs géniaux et visionnaires qui auraient sans conteste apprécié ces versions sur piano, apprécié aussi toutes les qualités expressives et le potentiel technique de cet instrument orchestre.

Anne Grafteaux Geli