Utmisol

Ariodante

Grands Interprètes

Halle aux Grains

> 2 décembre

Ariodante
Photographie par Benjamin Chelly 
Une distribution somptueuse au service d’un opéra composé par Haendel au sommet de son art, triomphant malgré les cabales menées contre lui, obligé de passer à Covent Garden.
Comme maint livret du temps, celui d’Ariodante, partiellement inspiré d’Orlando furioso, est fait d’une succession de quiproquos et rebondissements plus ou moins tragiques pour se terminer par un double mariage et la disparition du traître. Au service de cette histoire un peu abracadabrante, les musiciens offrent une prestation d’une qualité remarquable. M. Minkovski, très à l’aise à la tête de son ensemble, très complice, a une direction colorée, mettant en valeur ses solistes, tous excellents, dominés néanmoins par la prestation exceptionnelle de Marianne Crebassa, dont nous avions déjà eu l’occasion de faire l’éloge lors de la représentation des Troyens à Strasbourg en 2017. Elle incarne un Ariodante sublime, dominé par sa passion déçue parce qu’il croit être une trahison de Ginevra, campée avec fougue par Ana Maria Labin. La toute jeune mezzo fait preuve d’un talent et d’une technique éblouissante combinés à une grande sensibilité, qui lui permettent d’exprimer de manière sublime la passion comme le désespoir. Elle domine tout l’opéra, mais sans écraser ses partenaires, qui déploient eux aussi de réelles qualités vocales. Une mention particulière le roi d’Ecosse, d’une grande prestance, qui incarne avec maestria son personnage de roi qui ne faiblit pas dans ce qu’il croit être son devoir, même s’il s’agit de sacrifier sa fille.
Tous ensemble contribuent avec talent à un concert d’une très grande qualité, ce qui leur vaut des applaudissements nourris, soutenus s’agissant de Marianne Crebassa, ainsi que de très nombreux rappels. Une soirée merveilleuse.
Une petite réserve toutefois: l’installation existant à la Halle aux Grains, la projection du texte traduit serait utile et agréable aux spectateurs, qui suivraient plus facilement les airs magnifiques qui se succèdent.

Danielle Anex Cabanis