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Charles Richard-Hamelin

Chopin : concertos pour piano 1 et 2

Charles Richard-Hamelin
 
Chopin, Concertos pour piano 1 et 2, Charles Richard-Hamelin piano, Orchestre symphonique de Montréal, direction Kent Nagano. CD Analekta.

Si la notoriété du chef américain Kent Nagano est largement reconnue, plus confidentielle, du moins en France, apparaît la personnalité musicale du pianiste canadien Charles Richard-Hamelin, malgré ses prestigieuses récompenses, ses engagements, ses enregistrements et singulièrement ceux de l’œuvre de Chopin. Chef et soliste sont réunis dans cet enregistrement sur le vif des deux concertos du compositeur polonais, joués, exploit rare, lors de la même soirée.
C’est par le second en fa mineur opus 21 que s’ouvre le disque, suivant en cela l’ordre chronologique de composition. Dès le premier mouvement, le piano apparaît clair, brillant et net, à l’élégant legato. Dans le Larghetto, sans doute un des sommets de toute l’œuvre de Chopin, le jeu subtil, dépouillé, toujours aussi clair chante «D’une douleur on veut croire orpheline» (Verlaine) alors que l’Allegro vivace final s’amuse, pirouette, animé d’une joie dansante. La prise de son dynamique et aérée souligne l’équilibre entre les deux protagonistes. On se rappelle qu’avec le même orchestre, vingt ans plus tôt, Martha Argerich sous la direction de Charles Dutoit avait enregistré une version de référence. Celle que propose Kent Nagano à la tête de son orchestre symphonique de Montréal , beethovénienne, regarderait du côté de Mozart, lumineuse, souriante, sans la lourdeur qui plombe trop d’interprétations. Ainsi le Maestoso initial fuit-il l’absence de raffinement que reprochait Berlioz à cette orchestration d’une œuvre dont il admirait par ailleurs la partie soliste. Et le dernier mouvement emporte l’allégresse juvénile du pianiste dans la même réjouissante exaltation. L’ensemble respire, dilate l’espace sonore et procure une forme de joie ample et calme à la fois.
Charles Richard-Hamelin a noué avec cet opus un lien particulier: il l’a choisi en finale du prestigieux Concours Chopin de Varsovie dont il a remporté le deuxième prix en 2015 à l’age de 26 ans. Son interprétation du Concerto pour piano 1 en mi mineur opus 11 ne fait pas fléchir l’intérêt de l’auditeur, conquis par la technique autant que par l’expressivité et la lumière qu’elles dégagent. L’ample Allegro maestoso déploie à l’orchestre sa noble ligne et au piano son cantabile raffiné. L’Adagio ou la Romance, le cœur au sens propre de l’œuvre, devient ici sous les doigts du pianiste canadien «comme une rêverie par un beau temps printanier, mais au clair de lune», selon l’intention même de Chopin: cette fluidité limpide, cette transparence, mais aussi cette douce palpitation, peu y parviennent avec cette séduction sans mièvrerie. Quant au Rondo final, pour nous un autre versant, festif, joyeux, du génie de Chopin, il éclate en fusées de rire , en cascades espiègles, en ébrouements légers que l’orchestre de Montréal se plaît à joyeusement imiter. Charles Richard-Hamelin et Kent Nagano signent ici décidément un enregistrement qui emporte l’adhésion par son énergie, sa légèreté et sa profondeur.

Jean Jordy