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All’ungaresse

Aurélien Pascal, Paloma Kouider

All’ungaresse
 
All’ungaresse. Œuvres de Kodaly, Popper, Dohnanyi. Aurélien Pascal, violoncelle, Paloma Kouider, piano. CD La Musica.

Fils de l’exigeant pianiste Denis Pascal, Aurélien a bénéficié des leçons du grand violoncelliste de naissance hongroise János Starker, élève lui-même de Kodaly. Faut-il y voir l’origine de ce programme, enregistré avec la complicité de Paloma Kouider, intitulé All’ungaresse et rassemblant des œuvres des deux compositeurs hongrois Zoltan Kodaly (1882-1967) et Ernö Dohnanyi (1877-1960) et de l’austro-hongrois David Popper (1843-1913), lui-même grand violoncelliste? On mesure d’emblée la cohérence de la démarche artistique et on pressent que la virtuosité sera au rendez-vous. La Fantaisie sur une chanson russe de David Popper constitue souvent le bis brillant dans les récitals du jeune musicien français. Elle ouvre ici chronologiquement l’album et situe le niveau technique auquel se confronte Aurélien Pascal. Et c’est éblouissant. Le violoncelle se fait tour à tour troublant, inquiétant, insinuant, chantant, enveloppant, noble, sentimental, tendre, dansant, tournoyant d’une ivresse folle, riante, qui emporte le piano gaiment fantaisiste de sa partenaire de jeu. Quel contraste avec la noble gravité de l’Adagio pour les deux instruments composé initialement par Zoltan Kodaly pour violon et piano, ses silences, sa fluidité et son mystère! La Sonate pour violoncelle seul est une des œuvres les plus connues et enregistrées de Kodaly, bien qu’elle exige des qualités éprouvant celles de musiciens même aguerris, et plus que la virtuosité, l’art du chant. Aurélien Pascal possède les unes et les autres. La sonate sous son archet devient méditation intime, quête intérieure (Adagio con grand’espressione) bien plus que recherche formelle, même si on admire les avatars de l’instrument en objets sonores étonnamment divers et si résonnent, notamment dans l’Allegro final, les échos de chansons populaires recensées par le compositeur avec Béla Bartók. La transition s’impose dès lors avec les trois (sur sept) Ruralia Hungarica de Dohnanyi, dont les mélodies empruntent au même fonds culturel. On écoute avec plaisir le Czardas enjoué, puis l’andante rubato mélancolique alla zingaresca; l’ultime extrait se fait danse folle avec un Molto vivace final qui étourdit par sa verve ruisselante, son inventivité rythmique, jouée ici à bride abattue.
Le texte d’accompagnement érudit de Tristan Labouret détaille les difficultés que doit vaincre le violoncelliste dans chacune des œuvres, les défis techniques qu’il doit relever. Sans les méconnaitre, l’auditeur sera surtout sensible au lyrisme généreux de l’interprétation, à sa rigueur aussi – ce qui n’est pas incompatible -, à la richesse et à la variété des climats évoqués, à la palette infiniment colorée de l’instrument dont Aurélien Pascal explore toutes les possibilités. Joignons à ces éloges Paloma Kouider pour la subtilité de son piano et la profusion de ses rythmes. Aurélien Pascal et elle composent en communion musicale un disque vibrant, tonique, qui rend un hommage all’ungaresse à trois compositeurs heureusement associés.

Jean Jordy


Aurélien Pascal sera un des deux interprètes de Dialogues aux Carmélites le 25 août à Toulouse. Kodaly et Ravel sont au programme.