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Meslanges pour orgue

Pascale Rouet et Jean-Luc Étienne

Meslanges pour orgue
 
Pascale Rouet et Jean-Luc Etienne, orgue. CD Triton.

Cet enregistrement est exclusivement consacré à des oeuvres pour orgue de Jean-Luc Étienne, également ici interprète-organiste aux côtés de Pascale Rouet.
Nous découvrons l’univers de ce compositeur dans un programme de neuf oeuvres pour lesquelles le livret du CD nous donne de précieuses indications. Certaines ont été pensées pour être jouées sur des orgues spécifiques, démarche cohérente du fait que chaque instrument est unique concernant sa palette sonore. D’autres sont des commandes, par exemple Trente, qui a été composé à la demande de Pascale Rouet pour une méthode d’orgue. Notons enfin, sur ce sujet, que chaque pièce est dédicacée à une ou plusieurs personnalités chères au compositeur.
Le langage musical de Jean-Luc Etienne est exigeant et demande, reconnaissons-le, de mener une écoute concentrée et attentive. L’influence de l’écriture sérielle, sans doute largement revisitée, reste très prégnante: atonalité totale bien sûr, lignes mélodiques déstructurées et disjointes, concision du propos. On hésiterait donc sans doute à conseiller ce CD à un auditeur néophyte dans cette esthétique et/ou dans la musique d’orgue.
Mais une fois quelques réticences passées, nous entrons plus facilement dans une écriture d’une grande rigueur et d’une immense précision. L’interprétation des deux organistes est parfaite et met en évidence le moindre évènement sonore de la partition. Servi par une prise de son de qualité, l’ensemble est d’une grande clarté en particulier dans le phrasé et l’articulation.
L’orgue de la Cathédrale Saint-Corentin de Quimper a été choisi pour cet enregistrement. Ses différents jeux servent au mieux ces oeuvres, et nous pouvons en être d’autant plus sûr que le compositeur lui-même joue ici, ainsi que Pascale Rouet qui connaît parfaitement l’oeuvre de celui-ci. La plupart des pièces font entendre des jeux de détail qui sonnent parfaitement et font entendre une grande variété de timbres.
Malgré l’économie de moyens souvent pratiquée dans l’écriture, quelques pièces permettent d’entendre des envolées quelque peu plus lyriques, notamment la dernière pièce Fanfares. Celle-ci a été composée pour ce CD, à 4 mains et réunit donc les deux interprètes in fine.
Nous saluons donc ici un travail musical de haute tenue, belle contribution à la diffusion des oeuvres de Jean-Luc Etienne, compositeur effectivement peu connu du grand public ainsi qu’à la musique d’orgue contemporaine, domaine qui reste hélas trop confidentiel.

Pierre-Jean Schoen