Utmisol

Fazil Say et la Camerata Salzburg

Les grands interprètes

Halle aux Grains

> 19 avril

Fazil Say et la Camerata Salzburg
Photographie par Marco Borggreve 
Un concert autour de Fazil Say, compositeur et pianiste, et de Mozart, qui permet de retrouver des musiciens qui ne s’étaient pas produits à Toulouse depuis longtemps et qui jouent avec le même bonheur la musique du génial natif de Salzbourg que celle du pianiste. Le programme est réparti à parts égales entre la musique de Say et celle de Mozart.
La première partie du concert débute avec la symphonie de chambre pour orchestre à cordes, opus 62 de Say, largement inspirée par la tradition musicale de son pays. On peut retrouver la musique de palais d’Istamboul dans le premier mouvement, tandis que le deuxième voudrait exprimer l’aspiration au romantisme de notre époque. Le troisième est de style turco-rom, mais avec des clins d’œil à la musique arménienne et la musique juive d’Europe orientale (la musique Klezmer). On doit pouvoir tous se retrouver dans la musique … Say d’ailleurs n’hésite pas à braver les autorités de son pays au nom de la liberté, ce qui n’est pas toujours du goût d’Erdogan! Say propose ensuite le concerto 12 en la majeur, K 414, de Mozart, dont il donne une interprétation très personnelle, passablement extravertie, très gestuelle. Cela peut étonner, mais pourquoi pas, c’est plein de fougue, d’une jeunesse que Mozart aurait sans doute pu aimer.
La seconde partie du concert débute par La maison déplacée, hommage à Atatürk, pour piano et cordes. C’est un pied de nez à l’obscurantisme en évoquant l’anecdote de la vie du fondateur de la Turquie moderne, qui avait préféré faire déplacer sa maison sur des rails plutôt que d’élaguer, ou pire, abattre un très vieux cèdre, susceptible d’endommager sa maison . La musique est sans doute plus cérébrale, mais on peut y trouver des réminiscences des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, voire des Danses hongroises de Brahms qui sont toutes marquées par un goût de la liberté, le droit à l’originalité dans un univers globalement, bon gré mal gré, assez conformiste. L’œuvre est intéressante et suscite au moins la curiosité. C’est en tout cas inventif.
La Camerata joue ensuite la Symphonie, 29 de Mozart, avant de conclure sur un morceau de Chopin en bis et surtout en hommage à Nicolas Angelich et Radu Lupu.
Une belle soirée, intéressante, inattendue parfois.

Danielle Anex-Cabanis