Utmisol

Ad Perpetuam JSB Memoriam

Orgue et alto en chorals

Ad Perpetuam JSB Memoriam
 
Loïc Mallié, orgue
Karsten Dobers, alto
CD Hortus


Le duo orgue et violon alto est inédit et peu représenté dans la littérature musicale. C’est donc un programme sur mesure qui a été bâti par les interprètes de ce CD. On y entend ainsi trois oeuvres d’Edith Canat de Chizy, Gorka Cuesta et Loïc Mallié (également organiste ici). L’idée de départ est de faire écho à des chorals de Bach avec ces oeuvres contemporaines, l’ensemble étant lié par une réflexion à caractère spirituel sur la mort.
Nous entrons dans ce progamme par la transcription d’une suite pour alto et orchestre de Paul Hindemith. L’accord entre le violon alto et l’orgue est d’emblée bien équilibré grâce à une prise de son soignée. Ceci se confirmera tout au long de l’écoute, et c’est un point à souligner.
On entend ensuite des chorals de Bach suivis à chaque fois d’une oeuvre contemporaine qui lui répond. Intéressons nous particulièrement à trois d’entre elles.
Mors et vita, de Gorka Cuesta évoque l’opposition entre la vie et la mort. L’orgue et l’alto dialoguent sur des ostinati entêtants, donnant l’occasion à l’orgue de mettre en valeur de beaux jeux de détail. Le timbre de l’alto est également bien mis en avant, notamment avec des trémolos qui font frissonner l’auditeur, contribuant à l’évocation du sujet. C’est un très bel équilibre entre les duettistes qui est proposé ici.
Loïc Mallié, interprète ici est également compositeur d’une pièce au programme de ce CD: Alors leurs yeux s’ouvrirent. Cette pièce évoque l’épisode de l’Evangile dit des disciples d’Emmaüs. C’est un travail magnifique sur l’immense palette de sons que peut produire un orgue, en variant les registrations, en utilisant les clusters. L’alto est toujours à égalité avec l’orgue et propose également une belle palette sonore.
On retrouve une écriture novatrice et audacieuse avec J’ai vu le ciel ouvert, d’Edith Canat de Chizy. L’osmose entre l’alto et l’orgue est encore plus forte, les deux instruments semblant parfois ne faire plus qu’un. Les harmoniques de l’alto se confondent ainsi avec les tuyaux aigus de certaines flûtes. Sincèrement troublant.
Enfin, une sonate pour alto solo de Bernd Alois Zimmermann précède une improvisation à l’orgue seul qui clôt le programme.
Ce disque a été enregistré à OrgelPark à Amsterdam, un lieu exceptionnel regroupant 8 orgues, de l’orgue positif au grand-orgue de tribune et tous d’esthétiques différentes. On peut ainsi entendre Bach sur un orgue d’esthétique baroque, les oeuvres modernes et contemporaines sur des instruments d’esthétiques 19e et début 20e siècle. Un vrai luxe de disposer d’un tel choix en un seul lieu, et Loïc Mallié en fait un usage parfait!
Proposer une méditation spirituelle et musicale sur le thème de la mort peut, au premier abord, inspirer l’austérité, voire une crainte à s’y laisser entraîner. A l’issue de l’écoute, on ne peut qu’être transporté par l’engagement des artistes, leur capacité à nous entraîner avec eux dans un univers musical peut-être parfois exigeant, mais qui est d’une grande beauté.

Pierre-Jean Schoen