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Frantz Schubert

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Frantz Schubert
 
Aviv Quartett (Sergey Ostrovsky, violon, Philippe Villafranca, violon, Noémie Bialobroda, alto et Daniel Mitnitsky, violoncelle). 2 CD Aparté.

Composé juste après le quatuor 13 en la mineur, dit Rosamunde, le quatuor 14, D 810, dit La jeune fille et la mort, est l’œuvre d’un homme malade, qui a conscience qu’il ne peut espérer vivre encore longtemps. L’atmosphère tragique du quatuor fait écho à la mélancolie de Schubert qui se traduit par quatre mouvements en mode mineur. Tandis que le 1e mouvement évoque le refus de la mort, le second met en scène la mort séductrice s’adressant à la jeune fille en lui sussurant qu’elle dormirait apaisée dans ses bras. Le troisième est une sorte de face à face d’une danse diabolique et d’un trio plein de grâce. Le Presto final, sur un thème de tarentelle, évoque encore ce désir d’échapper à la mort. Schubert y reprend d’ailleurs au violon le thème du roi des Aulnes.
Le quatuor Aviv propose une version dénuée de pathos extériorisé, mais dont le tragique pudique est bouleversant. C’est une très belle interprétation.
Pour le quinzième quatuor, D 887, en sol majeur, Schubert y voyait une étape vers la perfection symphonique, et utilisant toutes les possibilités des instruments parvient à lui donner une sonorité quasiment orchestrale. C’est une succession de phases de tourmente et d’épisodes plus apaisés qu’on subit en quelque sorte sans y entrer pleinement, ce qui est une sorte d’acquiescement à l’idée de Schubert convaincu qu’on ne partageait ni la joie ni la peine des autres, car lorsqu’on croit se rencontrer , on ne fait que marcher côte à côte. Cette inspiration profondément sombre ne convaincra pas les éditeurs. Seul le 1e mouvement sera exécuté de son vivant et le quatuor édité en 1851, après une première exécution publique un an plus tôt.
L’interprétation du quatuor Aviv reste sobre, mais peut-être d’autant plus efficace que les musiciens font se concentrer sur l’essentiel de ce qui est un grand cri de douleur, peut-être d’incompréhension d’un monde qui ne l’aurait pas accepté ni aimé. Un moment de douloureux bonheur, pour jouer de l’oxymore.

Danielle Anex-Cabanis