Utmisol

Marta Argerich et Sergei Babayan

Les grands interprètes

Halle aux Grains

> 25 février

Marta Argerich et Sergei Babayan
Photographie par Marco Borggreve 
Enchassé entre deux séries d’œuvres de Prokofiev, la Sonate pour deux pianos en ré majeur K. 448 de Mozart, est un pur bonheur. Les deux pianistes sont dans une symbiose parfaite pour démarrer sur un joyeux Allegro con spirito, suivi par l’Andante en sol majeur, délicat et plein de poésie, et s’achever par l’Allegro molto, puissant et finalement jubilatoire. Mozart avait composé cette sonate en 1781 pour la jouer avec une de ses élèves, Barbara Auernhammer, dont il dit le plus grand mal dans sa correspondance, lui concédant de bien jouer, alors qu’elle «est grosse comme une fille de ferme», «transpire à vous faire vomir» … Malgré la mauvaise dédicataire, l’œuvre n’en est pas moins splendide, associant virtuosité et plénitude de son au point que pour certains critiques les deux pianos valent un orchestre.
La première partie du concert est consacré au Roméo et Juliette de Prokofiev, d’abord musique de ballet, avant que le compositeur n’en donne une version pour piano seul en 10 pièces. Le pianiste complice et ami de Marta Argerich a repris le processus, pour en proposer la version que nous avons entendue pour deux pianos en 12 pièce. On retrouve des airs bien connus que les deux pianistes proposent dans un registre très sonore, entraînant à souhait. On est bien entraîné vers l’épique, vers un tragique suggéré somme toute assez pudique. C’est l’occasion pour les deux artistes de se déchaîner tout autant que de s’exprimer tout en nuances, offrant une palette sonore d’une fabuleuse richesse. Le compositeur semble avoir mis son cœur à nu et être suivi dans sa démarche par les deux pianistes, porteurs d’une grande émotion.
Après la Sonate de Mozart, les deux artistes reviennent à Prokofiev et jouent ensemble les arrangements de Babayan du Fantôme du père d’Hamlet, des Mazurka et Polka d’Eugène Onéguine, puis de la Polonaise du film de la Dame de Pique, avant de passer à la Valse 2 des Valses Pouchkine, op. 120, puis à La Valse de Natacha et d’Andrei de «Guerre et paix», opus 91 et enfin à Idée fixe de la musique du film La Dame de Pique. C’est l’occasion, car ces œuvres ont rencontré peu de succès ou font partie d’œuvres inachevées, de découvrir des pans méconnus de l’œuvre du compositeur qui y attachait beaucoup d’importance. Tout n’est cependant de la même valeur mais le talent des deux pianistes fait merveille.
Une soirée lumineuse malgré un environnement moral lourd!

Danielle Anex-Cabanis