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Nicole Tamestit

Khandoshkin

Nicole Tamestit
 
Ivan Khandoshkin, Œuvres pour violon: Trois Sonates pour violon, Aria en ré mineur, Chanson russe. Nicole Tamestit, violon. CD Diligence.

Ceux, sans doute assez nombreux, qui découvrent le nom de ce musicien apprendront avec intérêt qu’Ivan Khandoshkin (1747-1804) était «un compositeur et violoniste russe, au Siècle des Lumières, à la cour de Catherine II». Nicole Tamestit qui parcourt, entre autres beaux chemins (Mozart, Beethoven), des sentiers peu battus (musique contemporaine ou compositeurs méconnus) a découvert les partitions du maître russe et les porte à notre connaissance par cet enregistrement rare (même sil existe deux autres versions des sonates). C’est la révélation d’un talent réel, celle d’un bon «faiseur». “J’ai été saisie par une musique profonde, personnelle, pleine de fantaisie et de passion, écrite vraiment pour le violon, qui ne ressemble à aucune autre musique de cette époque. J’ai aimé ces inspirations populaires mêlées à l’écriture savante de ce musicien qui m’a pris le cœur – ce musicien plein d’un feu nourri par son âme slave autant que par la flamboyance de l’ornementation italienne”, analyse l’interprète qui propose en fin de livret des commentaires très éclairants sur les œuvres enregistrées. Malgré la qualité de l’interprétation, nous ne partageons pas totalement les émotions de la violoniste: les œuvres au fil de l’écoute ne parviennent pas à soutenir la curiosité et à nourrir l’admiration. Grave, recelant une douleur intime, proche de Bach, l’Aria en ré mineur ouvre et ferme l’album, tels deux panneaux d’un diptyque enserrant les sonates. La première Sonate opus3 1 en sol mineur emporte l’adhésion par la succession de ses climats, la diversité des rythmes et des sentiments qui colorient la palette chromatique. Sans doute le développement de l’Andante en six variations contribue-t-il à lui conférer une richesse, une profondeur qu’on ne retrouve pas par la suite avec la même intensité. Les deux autres numéros n’offrent pas en effet la même liberté et suscite une forme de «déjà entendu» qui peine à renouveler l’intérêt. La question se pose alors: Khandoshkin mérite-t-il cette exhumation? Oui sans doute pour les chercheurs, les curieux, les interprètes et on se réjouit que Nicole Tamestit cherche continûment à ouvrir les répertoires, les frontières, les cases. Cependant, l’enregistrement distille à la longue non pas l’ennui – ce serait faire injure aux talents de coloriste de l’interprète et à sa fougue – mais une lassitude, faute de faire s’épanouir un regain de l’inventivité et pour le récepteur de l’émotion ou du plaisir. Ainsi de l’Andante de l’opus 3 2 un peu statique ou des deux Minuetto qu’on croit avoir entendus maintes fois. On est plus sensible au Rondo de la plage 15 où coule une sève populaire du meilleur aloi ou à l’Allegro vivace final de la même veine et à l’humeur joyeuse. Jouée avec intensité et émotion, La Chanson russe qui s’intercale entre les Sonates dans sa très curieuse composition sait capter l’attention.
Cette réhabilitation, portée par une interprète, «passeuse» engagée et vibrante, ne parvient pas toujours à convaincre de la pertinence du projet. Sans doute le couplage avec d’autres œuvres, au delà du seul violon, aurait-il pu permettre une connaissance moins uniforme du trop ignoré Khandoshkin.

Jean Jordy