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Gustavo Dudamel le fantastique !

Les grands interprètes

Halle aux Grains

> 19 novembre

Gustavo Dudamel le fantastique !
Photographies par E. Bauer et Julien Mignot 
Gustavo Dudamel le fantastique !
Photographies par E. Bauer et Julien Mignot 
Orchestre de l’Opéra National de Paris
Gustavo Dudamel, Direction

Les habitués des Grands Interprètes se rappellent les fabuleux concerts de Gustavo Dudamel à la tête de l’Orquestra Sinfonica Simon Bolivar, notamment en janvier 2016 qui les vit donner une interprétation magistrale de la Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre de Messiaen. Pour cette venue à Toulouse avec le nouvel orchestre qu’il dirige depuis le 1e août 2021, le jeune chef a choisi un programme somptueux. Il démarre avec l’Alborado del Gracioso de Ravel, la 4e pièce du recueil des Miroirs, d’abord créée pour piano, avant d’être orchestrée en 1918, pour répondre à une commande des Ballets russes de Diaghilev et sera jouée à Paris en 1919.
Les deux versions ont été accueillies avec enthousiasme par le public parisien et suscite le même bonheur au public toulousain, tant la palette du chef est remarquable. En grande formation, l’orchestre devient bouffon pleurnichard, coquette moqueuse. Il danse, il saute et dans nos têtes nous aussi, partis pour un merveilleux voyage rêvé en Espagne. En formation plus réduite, mais encore importante, l’orchestre propose la Symphonie 31 en Ré majeur, Paris, K297/300a, de Mozart. On a perdu l’habitude d’entendre Mozart joué par tant de musiciens, en raison d’un courant minimaliste qui propose des versions allégées des grandes œuvres du XVIIIe siècle qui seraient plus authentiques. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de trancher. En tout cas, «Paris » par Dudamel, c’est un très grand moment. Il restitue avec talent et sensibilité ce que pouvait être l’ambiance du Concert spirituel à Paris, qui commanda la symphonie à Mozart pour les instruments à vent. Malheureusement, ce séjour à Paris fut un double échec pour Mozart: la symphonie n’eut pas le succès espéré et plus grave, sa mère Anna Maria mourut pendant leur séjour dans la capitale française.
La seconde partie du concert est toute entière dédiée à la Symphonie fantastique, opus 14 d’Hector Berlioz. Cette œuvre est inspirée au compositeur par la passion qu’il nourrit pour l’actrice britannique Harriet Smithson et qui n’est pas payée en retour. Il finira par la convaincre de l’épouser, mais cette union fut malheureuse, mais il ne le sait pas quand il compose sa symphonie… Certains ont parlé d’autobiographie musicale ou de symphonie à programme, à l’instar de la Pastorale de Beethoven ou de compositions postérieurs de Franz Liszt ou de Richard Wagner qui se sont d’ailleurs inspirés de Berlioz. Lui-même a cherché à aller au plus profond des sons des instruments, pour aller au-delà de ce qui se faisait alors, ainsi qu’il l’écrivit à l’une de ses sœurs. Les titres des cinq parties/mouvements de la symphonie sont évocatrices: on passe d’une ambiance plutôt mondaine et frivole avec Le bal à l’univers naturaliste de la Scène aux Champs pour plonger dans l’effroi avec la Marche au supplice ou la bizarrerie du Songe d’une nuit de Sabbat, alors que dans ses Rêveries – Passions, il exprime son idée fixe, son rêve.
L’exécution de Gustavo Dudamel est magistrale, alors qu’il était suspendu à l’arrivée de deux musiciens du Capitole pour remplacer deux Parisiens rattrapés par la Covid, malgré des sifflets tout à fait inappropriés pour le retard au démarrage du concert. Le public peut être d’une parfaite goujaterie, comme lorsqu’on arrive en bande en retard, sans masque, qu’on applaudit à contretemps…
Souverain, Dudamel est tout à sa musique: il dirige par cœur, en lien physique intense avec ses musiciens, dont il tire des sons bouleversants que le public reçoit étonné d’abord, puis envoûté littéralement. C’est beau, c’est poignant et quelques secondes s’écoulent lorsque la dernière note a retenti pour qu’un tonnerre d’applaudissements salue la prouesse. Un concert qu’on n’est pas près d’oublier. Nous avons eu beaucoup de chance que les Barcelonais n’auront pas tout de suite, puisque le même concert devait avoir lieu au Liceu et il est reporté pour cause de pandémie.
Merci, Maestro!

Danielle Anex-Cabanis