Utmisol

Hommage à Armin Jordan

Ernest Bloch, Henri Dutilleux

Hommage à Armin Jordan
 
Orchestre de la Suisse Romande
François Guye violoncelle
CD Cascavelle


Schelomo d’Ernst Bloch est une pièce pour violoncelle et orchestre écrite à partir d’un thème hébraïque. D’un caractère tourmenté et passionné, cette pièce somptueuse demande au soliste beaucoup de lyrisme et un sens de la vocalité avéré. L’écriture orchestrale, toute en couleurs et contrastes ne peut laisser indifférent l’auditeur. La direction infiniment souple et musicale d’Armin Jordan laisse s’exprimer le soliste sans contraintes. De son violoncelle, François Guye nous empoigne littéralement dans cette atmosphère intranquille, aux changements permanents, à la manière d’une dramaturgie. L’osmose entre le chef et son soliste est fascinante.
On retrouve les mêmes qualités dans la pièce d’Henri Dutilleux Tout un Monde Lointain. Armin Jordan hisse l’orchestre de la Suisse Romande à un très haut niveau. Là encore, orchestre et soliste trouvent une très belle complémentarité, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Dès le début, la cadence introductive du violoncelle de par sa fougue nous transporte dans cette atmosphère si étrange de Dutilleux. La lecture reste d’une intelligence, d’une cohérence sidérante. Le dosage des nuances, les contrastes orchestraux sont exécutés de telle manière, que le discours musical demeure fluide et d’une magnifique clarté, ce que l’on ne trouve pas par exemple dans la version de Truls Mǿrk. On peut classer cette version parmi les meilleures avec celle d’Emmanuelle Bertrand (chez Harmonia Mundi). On y perçoit sans difficultés le côté onirique, et parfois angoissant de la vision du cosmos par Dutilleux.
L’idée de rapprocher ces deux pièces sur une seul disque est fort pertinente: même si leurs langages d’écriture diffèrent, elles se répondent parfaitement créant un pont avec des atmosphères comparables. Les qualités d’Armin Jordan paraissent sans efforts dans ces pages: un chef à l’écoute de ses musiciens, d’une grande humanité.
Vous l’aurez compris, un disque magnifique, à posséder dans sa discothèque.

Michel Pertile