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Edward Elgar

Concerto et sonate pour violon

Edward Elgar
 
Elgar, Concerto pour violon et orchestre, Sonate pour violon. Renaud Capuçon, violon, Orchestre symphonique de Londres dirigé par Sir Simon Rattle, Stephen Hough. , piano. CD Erato-Warner Classics.

Première rencontre fertile et lumineuse entre deux stars, présence magnétique d’un grand pianiste et d’un fabuleux orchestre, confirmation de la force expressive de l’œuvre d’Elgar, telles sont les évidences qui s’imposent à l’écoute de ce superbe album. Renaud Capuçon a interprété maintes fois le Concerto pour violon et toujours avec des chefs britanniques. Sir Simon Rattle l’a lui même enregistré déjà deux fois. Et le prestigieux London Symphony Orchestra (LSO) porte toute la musique du compositeur qui l’a dirigé dans ses veines. On assiste à une véritable osmose entre toutes les parties qui subliment un concerto fascinant. Un terme vient à l’esprit: aristocratique. L’élégance de la construction, ferme et décidée, sans précipitation ni mollesse caractérise le long Allegro initial d’un puissant lyrisme. L’entrée du violon frappe par sa tendresse et son calme, comme se faufilant dans le discours apaisé, pour mieux ensuite l’électriser. Renaud Capuçon qu’on a connu presque trop pudique donne libre cours non à une fantaisie qui ne serait pas ici de bon aloi, mais à une chaleur, une fièvre bienvenues. Le somptueux LSO, ses cordes de velours homogènes, les bois chaleureux et des cuivres incandescents brillent des couleurs mordorées d’une forêt automnale assombrie qu’éclaboussent de beaux rayons. L’Andante respire, construisant peu à peu une forme de plénitude. Soliste concentré, orchestre tenu de main ferme et souple par un Simon Ratlle engagé l’élargissent jusqu’au point souhaité par le compositeur: «C’est ici que deux âmes fusionnent et fondent l’une dans l’autre», disait-il. L’étonnant Allegro molto final monumental (19’) multiplie les climats et les rythmes (admirable cadence, subtile, virtuose de Renaud Capuçon), dans une architecture savante et in fine épurée. Inutile de s’appesantir sur l’identité de la mystérieuse dédicataire, anecdotique quand on se fond ainsi dans la musique. Seuls comptent l’engagement, l’équilibre et la fusion des interprètes de cet ensemble impressionnant et émouvant. Huit années et une guerre mondiale séparent le Concerto pour violon (1910) de la Sonate pour violon et piano (1918). Tout les oppose. La formation chambriste impose sa loi d’expression intime, de condensation de l’émotion. L’Andante central dit la douleur et le doute, mais avec une noblesse d’âme qui refuse l’apitoiement et la complaisance. Le capiteux piano de Stephen Hough et sa scansion dynamique soutiennentle jeu enveloppant de Renaud Capuçon dans cette interprétation élégante et racée.
Après le récent enregistrement par Nicola Benedetti ici même chroniqué, R. Capuçon, Rattle et le LSO livrent une version totalement maîtrisée de ce chef d’œuvre qu’est le Concerto pour violon d’Elgar. Complète l’album avec pertinence la Sonate pour violon et piano dont le violoniste français et le pianiste anglo-australien expriment avec tact la discrète mélancolie. Nobilmente, indiquait souvent Elgar. Le voici pleinement exaucé.

Jean Jordy


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