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Henri Duparc, Mélodies

Emmanuel Cury, Sandra Chamoux

Henri Duparc, Mélodies
 
Henri Duparc, Intégrale des treize Mélodies, Emmanuel Cury, baryton, Sandra Chamoux, piano. CD Calliope.

Combien de mélodies de Duparc (1848-1933) connaissons nous? Les deux sur des poèmes de Baudelaire, la troisième Au pays où se fait la guerre sur un texte de Gautier (Crebassa récemment y a fait merveille), du même le Lamento, le Testament (où Crespin est inoubliable), une petite demi douzaine pour faire large. Voici l’enregistrement affiché intégral (en réalité, Duparc a composé dix-sept mélodies) par ordre chronologique (1869-1884) des treize retenues par le compositeur français dans l’édition de 1902. Les deux interprètes respectent sa volonté, mais ils choisissent de modifier l’ordre de cette édition en proposant un parcours plus linéaire, au fil des compositions. Le texte de chacune figure dans le livret, assorti parfois d’extraits de documents intimes (lettres à la famille ou à des amis) qui explicitent le propos, les éléments biographiques ou les difficultés de création. Cet ensemble se révèle précieux pour éclairer la richesse et la variété d’une imagination musicale rare. On sait que la maladie et une paralysie ont contraint Duparc à ralentir puis à cesser son activité musicale. Après La Vie antérieure, œuvre ultime pour voix et piano, seules quelques transcriptions témoignent de tentatives d’écriture au début des années 1900. «La musique, la vraie musique, la seule, est la musique d’âme et d’émotion: l’art purement cérébral n’existe pas, il est ce que vous appelez si joliment inutile» (Lettre de 1909 à Alice Boissonnet). Trouve-t-on ici cette dimension spirituelle? Pas toujours, pas vraiment. Les excellents pédagogues que sont Emmanuel Cury et Sandra Chamoux proposent une interprétation appliquée, feutrée, minimaliste des mélodies au lyrisme souvent élégiaque. Ils font œuvre «utile», sans que l’on sente, surtout chez le chanteur, d’implication émotionnelle. Phidylé par exemple sur un poème sensuel de Leconte de Lisle ne vibre pas, ne rayonne ni chante. Ici comme dans d’autres pièces, la voix du baryton sonne grise, étale, un peu usée disons-le (problèmes de stabilité, de respiration ou de détimbrage), certes raffinée, mais sans que l’on sente la douleur qui sourd au cœur de cette musique dense et pudique. Sans doute avons nous encore dans l’oreille la plénitude de la voix de Stéphane Degout, s’engageant admirablement, avec quel art du dire et du chant, dans six de ces mélodies dans un concert de 2019. Et la comparaison n’est pas en faveur de cette version honnête, sérieuse assurément, mais froide et un peu terne, malgré un accompagnement au piano plus vivant et chaleureux, ondoyant, et une complicité sensible entre les deux interprètes. Notons le phrasé élégant et la belle prononciation de la langue française par le chanteur. On s’interroge d’autant plus sur la présence audible d’une liaison inopportune. Un indice? C’est dans un vers de la Chanson triste initiale.
Dans ce répertoire de mélodies françaises, la concurrence est rude. Saluons ici une collaboration sympathique, mais d’autres enregistrements des mélodies de Duparc (Van Dam pour s’en tenir aux barytons) gardent nos préférences.

Jean Jordy

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