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The Wanderer

Seong-Jin Cho

The Wanderer
 
The Wanderer, Seong-Jin Cho, piano. Scubert, Wanderer Fantaise en Do majeur D 760, Berg, Sonate pur piano op. 1, Liszt, Sonate pour piano en Si mineur. CD Deutsche Grammophon 64’21

Le 10 septembre 2020, Seong-Jin Cho était l’invité à la Halle aux Grains de Toulouse de l’Orchestre du Capitole et ici même Jean Félix Marquette louait l’exécution d’un Troisième Concerto de Beethoven «électrisé par les doigts» du jeune pianiste coréen, premier prix, entre autres récompenses, du 17e Concours international Frédéric Chopin en 2015. Après des Chopin, Mozart, Debussy, son nouveau disque sous le prestigieux label allemand s’intitule The Wanderer, référence au lied de Schubert qui inspire, nourrit et structure sa Wanderer Fantaisie. Avec ses quatre mouvements, c’est de fait une grande sonate, d’une virtuosité telle que le compositeur prétendait que son interprétation excédait ses propres possibilités de pianiste. Elle ne peut effrayer Seong – Jin Cho dont la technique époustouflante n’a d’égale que la délicatesse de touche. Un mot s’impose: la clarté, celle de la sonorité, des lignes, de l’architecture, de l’intention. L’interprète confère à l’œuvre un allant, une jeunesse, mais aussi une douceur qui séduisent l’auditeur admiratif. Écoutez simplement la reprise allégée du premier motif dans l’Allegro initial, la fluidité d’un Adagio en apesanteur, la vivacité spirituelle des triolets dans le Scherzo ou l’envolée de l’Allegro final. La virtuosité transcendée par la grâce. En regard, la sonate de Liszt conclut le disque parachevant l’arche harmonique inaugurée par Schubert. Liszt a proposé une transcription pour piano et orchestre de la Wanderer et la complexe Sonate en Si mineur en est l’héritière directe. On s’incline devant la puissance de l’interprétation, son énergie, sa capacité à animer les épisodes du combat que se livrent des forces contraires, à traduire ici la violence, ailleurs la tendresse, ailleurs encore le sarcasme. L’œuvre de Berg au cœur de l’enregistrement, l’unique sonate pour piano du compositeur, impose son unité organique, d’un seul tenant, et on comprend le choix pertinent de son appariement avec les deux autres partitions: leur construction relève aussi de l’architecture musicale la plus tendue, la plus tenue que souligne la récurrence tout au long des œuvres de motifs et de correspondances explicites ou plus secrètes. Seong-Jin Cho joue Berg comme on chemine dans un rêve. L’auditeur est entraîné dans un parcours musical flirtant avec l’atonalité, fluctue, accélère, ralentit, suggérant des climats toujours mouvants dont le pianiste coréen saisit et suggère la troublante poésie, mais aussi la nerveuse pulsation.
Clarté, fluidité, délicatesse de touche, puissance, intelligence musicale, virtuosité, avons nous dit. L’art de Seong-Jin Cho relève en effet de l’accord harmonieux entre ces qualités rarement réunies à un tel degré chez un jeune pianiste. Cet envoûtant enregistrement confirme le talent immense d’un interprète lumineux.

Jean Jordy

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