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Nicola Benedetti

Elgar, œuvres pour violon

Nicola Benedetti
 
Elgar, Concerto pour violon, Sospiri, Salut d’amour, Chanson de nuit. Nicola Benedetti, violon, Petr Limonov, piano, London Philarmonic Orchestra, direction Vladimir Jurowski. CD Decca.

Les Toulousains ont pu applaudir Nicola Benedetti à la Halle aux grains dans le concerto de Korngold en 2015 et le deuxième de Mendelssohn en 2018. Récompenses et honneurs pleuvent continûment sur les jeunes épaules de la violoniste écossaise. Non contente de jouer avec les plus prestigieux orchestres et d’enregistrer avec succès des œuvres exigeantes (Glazounov, Chostakovitch. . . et Wynton Marsalis), elle a lancé sa propre fondation et donne en ligne des cours gratuits d’interprétation. Pour y accéder il suffit de chercher sur la Toile With Nicky : chaque néophyte peut ainsi profiter de ses précieux conseils et mieux comprendre la puissance d’un art qui éclate dans ce nouvel enregistrement. A l’honneur ici, Edward Elgar dont le concerto pour violon, un des plus longs jamais composés, a inspiré les meilleurs qui s’y alanguissent (près de 55 minutes parfois) ou s’y précipitent. La pourtant fougueuse interprète joue les justes milieux (47’) dans une prestation aussi tendue que tendre, aussi brillante et passionnée (Allegro molto final) qu’élégiaque (Andante central). On aime dans le premier mouvement que les pulsations continues animant le discours le propulsent en l’irrigant dans une dynamique dirigée vers un accomplissement totalement maîtrisé. L’audace et l’originalité du compositeur s’épanouissent dans un deuxième mouvement contrasté, entre force et intimité, et dans la grande coda inattendue du dernier où le violon exprime toute la douceur de joies envolées, mais encore enfiévrées par un violon inspiré. A l’unisson de la concertiste, le splendide orchestre du London Philarmonic, dirigé de main de chef par un Vladimir Jurowski. énergique, se montre nerveux et souple dans cette partition qui lui est consubstantielle.
Le livret d’accompagnement trilingue rappelle les affinités d’Elgar avec le violon dont le disque propose généreusement trois pages avec piano. Le célèbre Salut l’amour dont le titre allemand initial Liebesgruss a freiné le succès devenu ensuite international bénéficie de l’accompagnement sensible de Petr Limonov et de l’interprétation finement lyrique de Nicola Benedetti. Les élégants Sospiri et la délicate Chanson de Nuit ont toutes les qualités de simplicité et d’émotion pour constituer les bis d’un enregistrement de grands professionnels et de musiciens à l’entente exemplaire.
Après, chez le même éditeur et avec la même formation, la version magnifique du concerto pour violoncelle d’Elgar par Sheku Kanneh-Mason, récemment chroniqué ici même, voici celle, exemplaire, d’une autre grand œuvre du compositeur britannique, situé à sa juste place, le sommet.

Jean Jordy


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