Utmisol

Patrick Loiseleur

En noir et blanc

Patrick Loiseleur
 
Triptyque pour deux pianos; Etudes pour piano; Béatitudes pour violon et piano. Orlando Bass, piano. Philippe Hattat, piano. Rachel Koblyakov, violon. CD Triton.

Intitulé "en blanc et noir" le dernier disque de Patrick Loiseleur évoque à l’image des touches du clavier d’un piano, les contrastes, contraires et paradoxes de la vie. Le concept de musique "hypertonale" que défend le compositeur, défi aux règles de composition, lui laisse toute latitude d’écriture. Le triptyque pour deux pianos Khronos, Thanatos et Eros interpelle par sa puissance suggestive. Le sombre premier volet semble scander le dramatique et inexorable effet du temps. Thanatos, élégie à la française, éclaire l’oeuvre qui avec l’amour d’Eros vainc enfin tous les démons de la vie. Les deux pianistes français Orlando Bass et Philippe Hattat, tous deux également compositeurs ce qui explique certainement leur grande implication, s’imposent dans cette version magistrale d’une seule et même voix. Soulignons les grandes qualités acoustiques et musicales de ces deux pianos.
Les trois Etudes pour piano seront interprétées par Philippe Hattat. Dans "l’Araignée" au titre évocateur, les deux mains se superposent, l’une sur les touches blanches, l’autre sur les touches noires comme un monstre sur le clavier. Après les fameuses et interdites "Quintes parallèles" (souvenir ironique de classe d’écriture ou vengeance?) les "Sources intérieures" apportent enfin l’apaisement dans un traitement plus mélodique et plus orchestral du piano.
Les 8 Béatitudes pour violon et piano, transcription et interprétation très personnelle du Sermon sur la montagne (Evangile selon Saint-Matthieu) concluent en beauté cet enregistrement. Le violon multicolore de Rachel Koblyakov participe de toutes les émotions: lyrique et subtil, colérique et nerveux, langoureux et énergique. Le dialogue avec le piano d’Orlando Bass est magistral comme dans "Heureux les coeurs purs" avec une attention toute particulière au partenaire tant dans la synchronisation que dans l’expression. Nous retiendrons le magnifique et émouvant "Heureux les pauvres" qui ouvre le livre de ces Béatitudes, pièces qui rendent un bel hommage aux Maîtres français de la fin du XIXe siècle.

Anne Grafteaux Geli