Utmisol

Nabucco

Opéra Berlioz, Montpellier

> 18 mai

Nabucco
Photographies par Marc Ginot 
Nabucco
Photographies par Marc Ginot 
Nabucco
Photographies par Marc Ginot 
Dans le très beau et très confortable théâtre Berlioz, le rideau se lève sur un décor fixe produit par Nancy, qui fournit aussi les costumes; la production est honnête mais sans véritable génie. Soulignons toutefois d’emblée la qualité du chef, des chœurs et de l’orchestre, dont la tâche est d’autant plus difficile que Tout le monde connaît bien Nabucco, dont circulent de remarquables enregistrements, ce qui rend le spectateur de plus en plus exigeant.
Le décor unique, pourquoi pas, mais en laissant un peu de place à l’imagination, notamment grâce à de «l’accesoirisation» intelligente, qui donne un indice même infime. Un corps de bâtiment à deux étages avec un escalier et de multiples ouvertures, c’est un peu oppressant et aplatit l’intensité dramatique. Les costumes sont inégaux: de manière quelque peu convenue, les Juifs sont représentés comme ceux qui partaient en déportation pendant la seconde guerre mondiale, tandis que les Babyloniens sont sans référence chronologique précise à l’exception de Nabucco dont le couvre-chef évoque les bas-reliefs assyriens et de Zaccarie qui porte les ornements rituels de sa fonction. De manière générale, si l’on excepte les deux princesses et le roi, c’est plutôt terne. La mise en scène est astucieuse, une maquette en flammes évoque le saccage et l’incendie du temple de Jérusalem, une idole qui se brise la fin du culte de Baâl. Les mouvements sont bien réglés, notamment ceux des enfants parfaitement au point.
Les voix sont inégales: Nabucco (Giovanni Meoni) est excellent, tout comme Davide Giusti qui incarne Ismaël avec conviction et une grande richesse de sonorités à laquelle Fleur Barron, Fenena, répond dans un registre très bien maîtrisé, avec des moments de réelle émotion. David Ireland en grand prêtre, Nicolas Todorovitch et Marie Sénié, tous deux membres du chœur, respectivement Abdallo et Anna, sont parfaits. Luiz-Ottavio Faria en Zaccarie et Jennifer Check en Abigaille sont moins convaincants. La puissance de son ne signifie pas cris, ou alors c’est contrôlé pour un effet voulu, sinon on a de simples vociférations qui rompent l’intensité dramatique et rend les personnages moins crédibles.
Malgré ces réserves, l’ensemble du spectacle entraîne l’adhésion du public qui applaudit longuement les artistes, qui font l’objet de nombreux rappels.

Danielle Anex-Cabanis