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Du piano à la harpe

Du piano à la harpe
 
Du piano à la harpe: trois concerti de Mozart (nos 13, K. 415 en ut majeur, 12, 414 en la majeur et 10, K 365 en mi bémol majeur), Varian Fry Quartett, Marie-Pierre Langlamet et Joan Rafaelle Kim, harpes (solistes du Philharmonique de Berlin). CD Indesens 79’11’’.

Mozart avait lui-même arrangé ses concerti 13 et 12 pour une formation en quatuor, que Marie-Pierre Langlamet a encore transformée en remplaçant le piano par la harpe; c’est à Sylvain Blassel qu’on doit l’arrangement du concerto 10 pour deux pianos auxquels se substituent deux harpes.
Mozart a 26 ans quand il écrit les concerti 12 e 13, il est libre, Colloredo l’a congédié et il vit une période heureuse, tout juste marié avec Constance Weber. S’il compose une version quatuor de ses concerti, c’est sans doute pour toucher un plus vaste public, notamment celui des riches amateurs qui voulaient jouer dans leurs palais. MP Langlamet choisit de démarrer par le concerto no 13, moins connu, bien qu’il recèle de très beaux moments, notamment un Andante plein de douceur couplée avec une forme de grandeur, mélange que Mozart affectionnait et qu’on retrouve d’ailleurs dans d’autres œuvres. Plus souvent joué, le concerto no 12 est quant à lui joyeux, plein de clins d’œil amusés qui accrochent délicieusement l’auditeur.
Enfin le concerto no 10 pour deux pianos, écrit par Mozart pour sa sœur et lui en 1779, peu après le décès de leur mère, illustre de manière sublime cette capacité de Mozart à dépasser les contingences du moment pour aller à l’essentiel. La ligne mélodique, toute inventive qu’elle soit, n’est est pas moins d’une pureté remarquable et emporte l’auditeur. Pour ce dernier, Marie-Pierre Langlamet associe son élève Joan Rafaelle Kim.
C’est parce qu’elle déplore le manque d’œuvres composées exprès pour la harpe, que Marie-Pierre Langlamet opte pour la transcription. Le résultat est intéressant et son argument à savoir que le son de la harpe est finalement plus proche de celui d’un pianoforte de la fin du XVIIIe que les Stainways modernes, sans être décisif, n’est pas dénué de pertinence. En tout état de cause, dans le présent CD, c’est réussi. On peut la croire sur parole quand elle évoque la difficulté pour l’instrumentiste de faire passer son instrument d’accompagnateur à celui de «rôle-titre» pour paraphraser le théâtre et en faire le centre de l’œuvre. Seule d’abord, avec son élève ensuite, à qui elle donne une magnifique opportunité de démarrer, elle se révèle une instrumentiste de grand talent et cette relecture des trois concerti s’avère fort intéressante, à défaut de remplacer la version classique, ce qu’elle ne prétend d’ailleurs pas faire.

Danielle Anex-Cabanis