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Florian Caroubi, piano

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Images, Florian Caroubi, piano. Debussy, Images, deuxième série, Liszt, Années de pèlerinage (extraits), Moussorgsky, Tableaux d’une exposition. CD Hortus 69’40.

Premier enregistrement et première signature d’artiste: Florian Caroubi, né en 1989, se définirait comme peintre du piano. Le titre de son album, la note d’intention, le choix des œuvres et des compositeurs, le jeu de l’interprète orientent clairement la lecture et l’attention vers l’art pictural, le mouvement des formes et les miroitements de couleurs. Aussi le disque s’ouvre-t-il avec finesse sur les trois Images du second livre de Debussy (1907). Le jeune pianiste y déploie toute une science des demi teintes, une délicatesse de toucher, l’art d’évoquer une nature frémissante (Cloches à travers les feuilles), un ailleurs mystérieusement irradié de lune (deuxième image), le chatoiement de la nacre et de l’or sur la laque noire japonaise qui meublait un salon du compositeur (Poissons d’or). C’est à la fois vif et délicat, précis et vibrant. Tout naturellement le pianiste enchaine sur trois extraits du recueil de Liszt, qui de fait ici annonce Debussy dans l’expression subtile des émotions. Les trois pièces qui inaugurent la deuxième Année de pèlerinage italien ont été créées à partir de la contemplation de deux œuvres d’art majeures, un tableau de Raphaël, Le Mariage de la Vierge (Sposalizio), une sculpture de Michel-Ange (Il Penseroso), et, hommage à un poète, peintre et musicien italien, une chanson napolitaine. Le Sposalizio, pour moi l’image la plus précieuse du disque, respire la grandeur et la ferveur; Il Penseroso a le poids qui convient, la noblesse, la gravité du marbre; la Canzonetta chante et danse, gambade et joue. On retrouve chez l’interprète le climat apaisé, la sérénité du jeu, une maitrise technique et intérieure, qui semble fuir les tourments, les passions et les effets affectifs qui leur sont souvent liés. La promenade à travers les Tableaux d’une exposition très variés de Moussorgsky confirme l’impression première. Florian Caroubi est un ami de l’apaisement, un conteur affable. Le Gnomus s’avère un jouet facétieux, plus que difforme. Le Vieux Château qu’un troubadour réveille abritait plus d’amours, même mélancoliquement évoquées, que de fantômes, et les Tuileries bruissent de jeux d’enfants riants ou turbulents, mais sans méchanceté aucune. Le lourd attelage de Bydlo ou Le Marché de Limoges pittoresques, drolatiques se rapprochent dans l’esprit, sinon dans le rythme, du Ballet des poussins: le compositeur sourit et le pianiste de concert. C’est autant un peintre que nous voyons ici à l’œuvre, qu’un homme de théâtre, un marionnettiste qui agite avec agilité les personnages d’une comédie humaine, rarement grinçante, plutôt bonhomme, et joliment vivante. Le jeune pianiste français possède en effet l’art du mouvement et de l’humain (Samuel Goldenberg et Schmuyle). Et des lugubres Catacombes émerge la frêle musique de la paix. Dans ces œuvres maintes fois enregistrées, c’est à ce jeu singulier qu’on reconnait une personnalité musicale et Caroubi nous convainc aisément de sa sensibilité teintée d’humour et de sa subtile originalité pianistique.
On pourra retrouver Florian Caroubi et sa complice la soprano Adèle Charvet les 13 et 15 juin au Festival de musique de chambre Tons voisins à Albi, et le 23 juillet au Festival de Radio-France à Montpellier.

Jean Jordy


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