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Julius Reubke

Mūza Rubackytė et Olivier Vernet

Julius Reubke
 
Julius REUBKE - Sonates. Mūza Rubackytė, piano et Olivier Vernet, orgue. CD Ligia 2016, 73’.

Ce CD est une série de pépites que l’on redécouvre grâce à deux très grands artistes qui mettent tout leur talent pour redonner vie à l’œuvre d’un compositeur largement oublié, mort trop jeune. Julius Reubke a croisé Liszt à Berlin et le compositeur l’a attiré à Weimar, alors ville de toute les audaces musicales, et il en fera son élève. Pendant deux ans, le jeune homme qui est issu d’une famille de musiciens va profiter d’un environnement très riche et s’adonner à une passion créatrice remarquable. Il compose une sonate pour piano et une sonate pour orgue dans lesquelles on retrouve l’influence de son maître, mais en même temps une originalité exceptionnelle qui témoigne de sa force créatrice personnelle.
Liszt encore jeune cherchait déjà un aboutissement sinon serein, du moins comme un point culminant dans des harmonies abouties, tandis que Reubke se déchaîne dans des sonorités dramatiques, voire exaltées. Il préfigure la lame de fond vers la modernité qu’incarneront bientôt musiciens et écrivains, tout comme de nombreux peintres qui vont rompre avec le romantisme, de Wagner à Verdi, de Baudelaire à Dostoïevski ou encore Manet.
Même si sa Sonate pour piano est construite de manière très classique avec trois mouvements (Allegro maestoso, Andante sostenuto et Allegro Assai), elle retentit comme une sorte de marche vers un enfer fantasmé, celui de la tuberculose qui allait emporter Reubke et que Thomas Mann a si bien mis en scène un demi-siècle plus tard à Davos.
Toujours marqué par son maître, Reubke s’inspire des versets du Psaume 94 pour écrire sa sonate pour orgue toute de fureur, comme celle qui est demandée à l’Eternel pour tirer vengeance des méchants qui seront anéantis.
Les deux interprètes tirent de leur instrument des sonorités sauvages, fortes qui sont un magnifique écho à leurs partitions. Mūza Rubackytė propose encore une Mazurka en mi majeur et un Scherzo en ré mineur, sans doute moins sombres, tandis qu’Olivier Vernet joue outre la Sonate un Trio en mi bémol majeur et un Adagio en mi mineur, plein de grandeur et de noblesse.
Le livret a été rédigé par Christophe Ghristi qui fournit des explications passionnantes sur le Weimar de Liszt et sur le compositeur, appuyées sur une érudition sans faille.

Danielle Anex-Cabanis


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