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Messiaen, Debussy, Préludes

Célimène Daudet

Messiaen, Debussy, Préludes
 
Célimène Daudet, piano. Olivier Messiaen, Huit Préludes; Claude Debussy, Préludes Livre II. Célimène Daudet, piano. CD NoMadMusic, 78’21.

À l’heure où le grand Daniel Barenboim inaugure l’année Debussy mort en 1918 par un enregistrement du Premier Livre des Préludes, la jeune et talentueuse Célimène Daudet s’attaque au second livre qu’elle couple avec une fine intelligence musicale aux Huit Préludes d’Olivier Messiaen écrits en 1928. Elle compose ainsi un album exigeant et fascinant, qui fait bruire et briller avec autant de subtilité Un reflet dans le vent de Messiaen que les Feux d’artifice qui concluent l’opus de Debussy.
Le CD s’ouvre sur les Huit Préludes multicolores de Messiaen, une œuvre de jeunesse reconnue par son auteur. Il a associé à chacune des évocations sonores un jeu chromatique précis. Ainsi les Instants défunts se veulent-ils gris velouté, reflets mauves et verts, nuances et accords que l’on retrouve dans la Plainte calme. Les fameuses correspondances baudelairiennes sont-elles à la source de ces combinaisons multi sensorielles, quand les parfums, les couleurs et les sons se répondent? Sans doute plus sûrement Chopin que Messiaen admire: «J’aime Chopin en tant que compositeur-pianiste et aussi en tant que coloriste, car, pour moi, c’est un très grand coloriste». L’interprétation de Célimène Daudet souligne l’audace de ces partitions qui inventent des sonorités, des timbres et des rythmes novateurs (Les sons impalpables du rêve). Aussi ces miniatures expressives semblent-elles annoncer tout un monde nouveau. Qu’on écoute les Cloches d’angoisses et larmes d’adieu d’un dramatisme puissant et riches des vibrations lumineuses souhaitées par le compositeur!
Debussy, autre coloriste raffiné, suggère des titres, lui, en fin de partition. Il faut les lire comme des prolongements des émotions suscitées. Car ces œuvres pour piano plus qu’elles n’évoquent un paysage, un personnage, un objet même, se veulent des formes sonores qui condensent des sensations, esquissent des climats de l’âme. L’enjeu pour l’interprète est de les faire naître, de leur donner forme, de les élever, dans le respect de la ligne et du mystère qui les baigne. Célimène Daudet ne privilégie pas une virtuosité extérieure, mais plutôt l’intériorité et ce qu’on pourrait nommer une forme de sérénité mélancolique. Appréciez par exemple les Brouillards initiaux que la lumière cherche à percer ou Canope de noble facture. Les fées sont d’exquises danseuses affirme le titre du quatrième prélude, elles sont aussi, jouées de la sorte, de délicates musiciennes. Sans rien céder sur la fièvre qui brûle dans la habanera de La Puerta del Sol, Célimène Daudet, fidèle aux climats de l’œuvre, retrouve l’esprit du compositeur dont Marguerite Long analysait le jeu par ces mots: «Il jouait presque tout en demi-teinte, mais avec une sonorité pleine et intense, sans aucune dureté de l’attaque. ».

Jean Jordy


Saluons par ailleurs la belle et originale initiative de Célimène Daudet avec son Haïti Piano Project: la pianiste franco haïtienne va créer un festival de musique à Haïti, pays tragiquement meurtri qui a aussi besoin de projets culturels. Cliquez-ici pour en savoir plus.