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Paris Virtuose : la musique bien maltraitée

Versailles Opéra Royal

> 15 novembre

Paris Virtuose : la musique bien maltraitée
 
Paris Virtuose : la musique bien maltraitée
 
I Virtuosi delle muse dir. Stefanio Modardi

Errare humanun est, sed perseverare diabolicum!

Il est des concerts où l’on aimerait n’être jamais allé, mais voilà on y était. Pourtant au départ tout ne pouvait que nous y attirer. Un jeune ensemble ayant acquis une belle réputation et un programme fabuleusement construit par le Centre de Musique Baroque de Versailles (Cmbv) dans le cadre de sa saison d’automne, autour de cette grande époque où Dauvergne ayant à charge le Concert Spirituel à Paris, invitait les meilleurs compositeurs et musiciens de son temps en des joutes virtuoses qui enflammaient les nuits parisiennes.

Las ce soir les mânes des plus connues d’entre eux comme Gossec, Rigel et du divin Mozart mais également des plus méconnus, comme Devienne ou Dalayrac, dont on a pu deviner l’intérêt de la musique, ont dû hurler de douleur en entendant à l’Opéra Royal leur musique défaite par de jeunes musiciens qui apparemment n’ont absolument pas conscience de faire le plus beau métier du monde. Pire que cela peut être, ce jeune ensemble, I Virtuosi delle muse, nous a démontré tout au long de la soirée son absence totale de travail, vivant sur les lauriers d’une production de Farnace l’année dernière au Tce qui a connu un grand succès. Tout au long de la soirée, ces musiciens nous ont donné le sentiment de n’avoir absolument pas conscience de la chance qu’ils ont eu d’avoir pu bénéficier de l’aide de deux grandes institutions, le Cmbv et le Palazzetto Bru Zane pour servir la musique et donc de pouvoir sans inquiétude exercer ce beau métier.

Tout n’a été qu’imprécisions, absence totale de mise en place, aucune virtuosité. Où donc étaient les joutes promises? Pas un seul pupitre n’a été capable de concerter, de rivaliser amicalement dans la belle Symphonie concertante de Gossec et pire dans le Concerto pourtant sublime de Rigel. Les cuivres et les bois ont constamment manqué de justesse, les cordes de netteté dans les attaques et de grâce dans les mouvements le nécessitant.
Pas un seul pupitre n’est à épargner et surtout pas le chef Stephano Molardi, dont non seulement on a pu se demander si il dirigeait, mais qui dans le Concerto pour violon et piano en ré majeur op 20 de Rigel, nous a donné au piano le sentiment de découvrir la partition qu’il était sensée interpréter au piano forte. Anonnait-il les notes dans l’andante, ou était–il paralysé par le trac ou terrifié de découvrir que sans travail, n’est pas virtuose qui veut? Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais une chose est certaine à l’issue de cette soirée, rien que pour ce magnifique concerto de Rigel, la musique mérite bien mieux qu’I Virtuosi delle muse pour la servir. D’autres ensembles nous ont largement démontré qu’ils sauront être plus reconnaissant vis-à-vis des institutions et respectueux du public qui vient rêver au concert. Un Non-concert à oublier au plus vite.

Alors juste un dernier mot pour la chanteuse Roberta Invernizzi, pour lui dire «chapeau bas Madame», vous êtes bien la seule qui en cette soirée a désespérément essayé de sauver les meubles. Bravo à vous, votre timbre lumineux a maintenu la flamme vivante en nos cœurs.

Monique Parmentier