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Véronique Bonnecaze, piano

Live

Véronique Bonnecaze, piano
 
Véronique Bonnecaze, Piano. Liszt d’après R. Schumann, Widmung; Schumann, Kreisleriana; Chopin, Fantaisie, Ballade 13, Mazurka 13, Scherzo 2. CD Triton, 75’04.

Dans un programme aussi fréquenté que celui que propose Véronique Bonnecaze, on se doit d’espérer une singularité, la force d’une interprétation, voire une nécessité intérieure. A l’écoute de cet enregistrement live du concert donné salle Gaveau en novembre 2016, l’attente est comblée. La personnalité de la pianiste française éclate à chaque instant, offrant des moments musicaux intenses. «Les œuvres choisies ne correspondent à aucune stratégie, aucune cohérence particulière contrairement aux programmes de mes précédents enregistrements, je les aime juste et je m’y sens à l’aise» avoue l’interprète dans un avant-propos bref et émouvant. La dédicace initiale, amplification d’un lied de Schumann composée par Liszt, installe un climat d’intimité et de confidence tourmentée qui sera la marque du concert. Schumann s’est inspiré d’un recueil de nouvelles de Hoffmann Kreisleriana pour composer un cycle pour piano dédié à son ami Chopin et imprégné de romantisme sombre, presque âpre. «Musique bizarre, musique folle, voire solennelle» écrit Robert à Clara. On sent sous les doigts de Véronique Bonnecaze vibrer les différents climats d’une œuvre qui oscille entre agitation extrême, voire révolte, et tendresse. Mais écoutez dans les deux intermezzos en miroir du deuxième paysage intérieur aux subtiles couleurs comment la déchirure reste sensible ou combien le galop molto agitato emporte d’espoir et de sérénité. Le vivace assai sonne aussi plus inquiet que fantasque et le molto presto au-delà d’une belle virtuosité manifeste l’agitation d’un cœur en souffrance. Les émotions cependant restent maitrisées comme si la pianiste, concentrée, faisait sien le précepte de Chopin: «Porte en ton âme une bombe si tu veux, mais que nul ne s’en aperçoive à ta mine». Cela se nomme élégance, pudeur, tenue. L’efficacité du jeu s’avère d’autant plus grande que la technique est là, supérieure, pour brider non l’expressivité, mais ses débordements intempestifs. Ainsi de la Fantaisie op. 49 de Chopin, à la fois si libre d’organisation et si organiquement passionnelle. La Ballade op. 47 contrebalance ce climat par une tendre rêverie alors que le choix de la Mazurka 4 de l’opus 17, la plus tragique, confirme la tonalité générale d’un ensemble que l’on lit comme une recherche stoïque de la paix intérieure, un combat contre l’effondrement. En témoigne le Scherzo 2, avec ses triolets interrogatifs, son cantabile, sa brillante coda déterminée.
Véronique Bonnecaze mérite à coup sûr une reconnaissance plus grande que celle qui est la sienne aujourd’hui. Puisse ce beau CD grave et généreux y contribuer!

Jean Jordy

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