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Butterfly dans la tourmente

Festival de Peralada, Espagne

> 9 août

Butterfly dans la tourmente
Photographies par Toti Ferrer 
Butterfly dans la tourmente
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Photographies par Toti Ferrer 
Butterfly dans la tourmente
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Butterfly dans la tourmente
Photographies par Toti Ferrer 
Butterfly dans la tourmente
Photographies par Toti Ferrer 
Sans doute la plus prestigieuse des manifestations musicales et estivales d’Espagne, le festival de Peralada (à équidistance de Perpignan et Barcelone) accueille cette année deux représentations d’une production de l’opéra de Puccini inaugurée à Düsseldorf. Làs! les cieux ne sont pas toujours cléments et se déchainent contre les humains, spectateurs et artistes. Une tempête, vent et pluie mêlés, contraint à minuit passé les organisateurs à interrompre après le premier acte un spectacle qui promettait de grandes satisfactions. Faut-il faire un compte rendu d’une soirée lyrique amputée? Oui puisque ce qu’on a vu et entendu mérite éloges et respect. La soprano Ermonela Jaho s’avère une des meilleures Cio Cio San qui soit. Elégante et raffinée dans sa splendide robe de mariée, elle pare son personnage d’une finesse psychologique et d’une voix à la pureté admirable. Sous le charme, chacun oublie rafales et gouttes pour s’abandonner au ravissement d’un chant souple, ductile, chargé d’émotion et frémissant de sensibilité pudique. Dans cette première partie, elle incarne une femme enfant que l’amour illumine et dont on sent déjà moins la fragilité que la force d’une passion exclusive. Lorsqu’on la découvre, tôt abandonnée sur le lit nuptial, juste avant la chute du rideau, on sent sa détresse nous étreindre. Le Pinkerton du ténor américain Bryan Hymel gagne au fil de l’acte en souplesse, en sûreté et en nuances face au convaincant Sharpless de Carlos Alvarez, au chant généreux. En entremetteur à la fois âpre au gain et patelin, le ténor Vicenç Esteve Madrid, voix souple et claire, dessine plus qu’une silhouette. La mise en scène de l’andorran Joan Antón Rechi s’avère fluide et audacieuse. Dans une majestueuse salle hypostyle, s’impose la toute-puissance américaine qui semble coloniser la société nippone. En fin d’acte, les colonnes se fissureront sous l’effet dévastateur de l’explosion atomique de Nagasaki: c’est sur les ruines de la ville dévastée que se dénouera le drame de Madame Butterfly. Comment, emmitouflé dans une chasuble de pluie et sous bourrasque, apprécier la prestation de l’orchestre symphonique de Bilbao? Reconnaissons aux musiciens un stoïcisme exemplaire et au chef Dan Ettinger le souci louable de rendre à la partition de Puccini sa poésie et son raffinement.
On plaint et on admire artistes et techniciens d’avoir assuré avec foi et respect dans de pareilles conditions climatique et acoustiques leur mission d’interprètes d’un des opéras les plus émouvants. La qualité de leur prestation et singulièrement celle, raffinée et splendide, d’Ermonela Jaho, resteront dans les mémoires, contre vents et tourmente.

Jean Jordy