Utmisol

Occitania en Roussillon

Musique de chambre en abbayes

Cathédrale d’Elne

> 16 juillet

Occitania en Roussillon
Photographie par la Mairie d'Elne 
L’orchestre de chambre Occitania et le Festival Abbayes en Occitanie programment durant l’été une série d’une douzaine de concerts sous les voûtes solennelles, fraiches et paisibles d’églises, cathédrales, abbatiales, tant à Sorrèze qu’à Bolquère, Martres-Tolosane, Collioure, Gaillac, Narbonne, Aniane ou Saint Félix du Lauragais, sur les routes ensoleillées de la grande région Occitanie / Pyrénées -Méditerranée. C’est sous les austères chapiteaux romans de la Cathédrale d’Elne (célèbre pour son cloitre exceptionnel) que le quintette issu de l’ensemble à géométrie variable Occitania animé par le trompettiste Bernard Soustrot , présentateur sobre du concert, offrait à un public chaleureux mais trop clairsemé un tonique apéritif musical estival avec des œuvres de Rossini, Vivaldi et Mozart.
La sonate 1 en do majeur de Rossini séduit par sa verve immédiate, son élan, son dynamisme. Pas d’état d’âme sinon celui de la joie de vivre et du plaisir dans ces échanges entre les cinq instruments à cordes (deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse). Fidèles à leur jeunesse sans s’affranchir d’une réelle maturité technique, les musiciens embrassent cette musique souriante avec franchise, vigueur, tonicité. Le groupe Occitania accentue la gravité de l’andante central alors que les échos glorieux de l’allegro imposent une fin fidèle au tempo imposé. On connait si bien la fameuse Petite Musique de Nuit de Mozart, que trop de formations n’osent plus la proposer en concert. On le regrette d’autant plus que jouée avec cette élégance (le Menuet) et cette vivacité (le Rondo final), cette Sérénade no 13 en sol majeur K. 525 car tel est son titre, retrouvant ici l’ensemble à cinq instruments à cordes pour lequel il a été écrit, apparait comme un modèle de grâce lumineuse.
Révélation aux Victoires de la Musique 2017, la percussionniste Adelaïde Ferrière a adapté le Concerto pour Piccolo de Vivaldi pour son instrument de prédilection, le marimba. Ce xylophone africain aux couleurs chaudes dont les résonateurs peuvent conférer des effets de réverbérations troublants, modifient singulièrement le climat originel des œuvres, tant les couleurs et leurs miroitements se moirent dans des jeux de miroirs sonores originaux. Ainsi le mouvement lent fait entendre des échos de grottes, des raucités graves que l’acuité du piccolo ne peut délivrer et que prolonge en les faisant chatoyer l’acoustique noble de la cathédrale. La virtuosité de la musicienne propulse sur les lames ses élégantes et véloces baguettes en une chorégraphie dont le jeu fascine l’auditeur. Le bis que la jeune femme offre en soliste, le fameux Libertango de Piazzola cher à Nougaro, multiplie les difficultés puisque joué avec quatre baguettes et dans un rythme étourdissant et totalement maitrisé, malgré une adaptation à la complexité étonnante. Indiscutablement, cette interprétation brillante favorise une nouvelle approche des œuvres et excite la curiosité. On peut regretter que la jeune artiste n’ait pas pris le temps de nous présenter son imposant instrument en en rappelant l’origine et en précisant les pistes qu’elle entende ouvrir en le popularisant. La reprise en bis collectif du dernier mouvement de la sonate de Vivaldi souligne l’alacrité de cette prestation. Ce beau concert, trop bref, original, permet de redécouvrir la maitrise de la formation Occitania et une virtuose à l’aube d’une carrière prometteuse.

Jean Jordy


Adelaïde Ferrière et le Libertango sur YouTube
Le site Web de l’Orchestre Occitania