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Enfers et paradis musicaux

In nomine

Enfers et paradis musicaux
Photo n° 2 par Toulouse Les Orgues 
Enfers et paradis musicaux
Photo n° 2 par Toulouse Les Orgues 
Les Harpies: Odile Edouard (violons), Mickaël Cozien (cornemuses et gaïta), Freddy Eichelberger (orgue et cistre), Pierre Gallon (régale colachon et spinetto). Matthieu Boutineau (régale et souffleur), Le Chœur des Huguenots. CD Encelade 2016.

Intitulé mystérieux pour un disque plein d’esprit, de saveur et… de souffle! Le sous-titre de l’album Enfers et Paradis dans le paysage musical européen autour de 1600 éclaire-t-il le propos? Du moins situe-t-il les musiques proposées dans un temps donné et dans des lieux définis, en l’occurrence, Italie, Hongrie, Pologne, France, Angleterre…. L’ensemble de ce voyage spirituel et tonique, tantôt implorant et souvent bondissant, s’avère moins grave malgré son titre, que divertissant. Freddy Eichelberger a réuni et fait alterner de brefs moments musicaux, psaumes et «branles», pièces liturgiques (dont l’ample In Nomine du titre) et danses profanes, œuvres de piété et madrigaux. Ils célèbrent l’élévation de l’âme ou a contrario conjurent l’Enfer, mais comme un pied de nez aux dogmes effrayants, expression d’une pulsion vers des tentations moins éthérées.
Saisissent à l’écoute de l’enregistrement la singularité et la richesse de la palette sonore offerte par les divers instruments anciens, violons, cistre et colachon (luth à long manche), cornemuse et gaita, régale et orgue. C’est en effet autour du splendide orgue Renaissance de Saint Savin en Lavedan (dans les Hautes Pyrénées) aux sonorités profondes et dont les soufflets sont ici actionnés à la main que s’est construit et réalisé le projet artistique. Les Harpies et leurs amis, dont le «souffleur» Matthieu Boutineau, font jaillir une musique gorgée de sucs, saine, ruisselante, en un mot vivante.
Curiosité et audace du concepteur, engagement et talent des interprètes, courage et originalité de l’éditeur se conjuguent dans cet In Nomine pour offrir un disque stimulant et rare qui réjouit.

Jean Jordy

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