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L’Art du Madrigal

Voces suaves

L’Art du Madrigal
 
L’Arte del Madrigale, Monteverdi, De Wert, Luzzaschi, Agostini, Gesualdo… Voces suaves. CD Ambronay, 62’36.

Le seul titre de l’album et celui des interprètes pourraient suffire à rendre compte de ce beau disque. Sont en effet réunis les plus grands compositeurs de madrigaux, genre musical à son apogée à la fin du Cinquecento jusqu’à Piccini au mitan du siècle suivant, célébrés par une polyphonie de voix souples, tendres, expressives.
On peut sommairement définir le madrigal par la simple traduction de l’expression poesia per musica, des poèmes (profanes) mis en musique. Il faut alors donner à poème son sens plein qui induit un travail sur les sons, les couleurs, les rythmes, la mélodie des mots et de la phrase. Né, diversifié, épanoui dans les cours de Mantoue, Ferrare, puis Florence, Milan et Rome, le genre connait un succès considérable, complexifiant la polyphonie vocale a cappella qui en est le cœur par l’apport d’une basse continue aux multiples variations. L’enregistrement publié par Ambronay L’Arte del madrigale se propose d’offrir aux néophytes un panorama de ce genre musical à son sommet, dont le plus puissant représentant reste Claudio Monteverdi (1567-1643): seules quatre compositions puisées dans trois des huit livres de madrigaux publiés de son vivant ont été ici sélectionnées. Mais quelle émotion par exemple dans le lacis des voix pour le chant à la fois intime et cosmique de Sfogava con le stelle! Giaches de Wert (1535-1596) s’impose pour illustrer la génération précédente et comme un exemple de parfait accomplissement de cet art musical. Les Voces suaves en signalent l’importance par le choix de huit pages, harmonieusement réparties, à l’orée, au cœur et à la fin de l’enregistrement. On en admire la délicatesse et l’eurythmie dansante. Se devait de figurer dans ce florilège de vingt chants Anchor che col partire (1547) de Cyprien de Rore, dont le bref mais dense livret souligne l’importance dans l’histoire du genre pour son succès inouï et la diversité de ses adaptations. Son élève, Luzzasco Luzzaschi (1545-1607) figure dans l’anthologie avec une reverdie discrètement lyrique d’une souple virtuosité, et Agostini (1534-1590) par un dialogue amoureux d’une belle intensité. Pour un plaisir plus raffiné encore, il faut dépasser la séduction immédiate de chaque œuvre pour percevoir la complexité de l’écriture savante qui tisse, de l’individualisation des voix à leur fusion, puis à nouveau à leur échelonnement harmonieux, une trame sonore soyeuse aux reliefs souvent saisissants qui mettent en valeur le mot et l’émotion. Et on découvre peu à peu les voies poétiques et harmoniques qui conduisent d’un chant à l’autre.
Pour une initiation à l’art du madrigal, le voyage est de bon goût dont les Voces suaves sont les guides, voix charmeuses et luth élégant finement mêlés.

Jean Jordy