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Egisto, une redécouverte exceptionnelle

Les Paladins, Jérôme Corréas

Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet

> 23 octobre

Egisto, une redécouverte exceptionnelle
Photos Didier Saulnier 
Egisto, une redécouverte exceptionnelle
Photos Didier Saulnier 
Egisto, une redécouverte exceptionnelle
Photos Didier Saulnier 
On ne pouvait rêver plus bel écrin, que le charmant théâtre à l’italienne de l’Athénée pour recevoir cette coproduction d’une exceptionnelle rareté qu’est cet Egisto Composé par Marco Marazzoli et Virgilio Mazzochi sur un livret du Cardinal Rospigliosi, futur Clément IX, Egisto serait le premier opéra italien représenté en France à la demande de Mazarin en 1646. Cette redécouverte extrêmement récente est en partie le fruit d’un hasard dont on remercie la musicologue d’origine italienne, Barbara Nestola.
Qui mieux que Jérôme Corréas, dont on connait tous la passion pour ce répertoire du premier XVIIe, pouvait relever le défi de faire aimer au public contemporain une œuvre qui initialement durait plus de 5 heures et dont il nous propose ici une version de trois heures? Difficile de faire court donc pour en parler.
Egisto, qui s’est aussi intitulé Chi soffre speri (Celui qui souffre espère) est une œuvre composée d’un prologue et de trois actes séparés par trois intermèdes. Véritable patchwork de petites scénettes, elle est unique en son genre. Fable morale, elle est un pur produit d’une Contre-Réforme aux audaces surprenantes. Fruit d’une expérimentation unique, elle mêle tout à la fois musique, théâtre et danse, langue aristocratique et dialectes populaires (bergamasque et napolitain).

La troupe réunie autour de Jérôme Corréas redonne une jeunesse ardente à Egisto. Onze chanteurs et quatre danseurs qui nous ont invité à un voyage réellement onirique. La mise en scène de Jean-Denis Monory, spécialiste du répertoire baroque, s’est attaché à relever la poésie de la gestuelle et de la langue, et surtout celle du corps expressif. Les décors épurés qui laissent à l’imaginaire le soin de rêver des forêts ou des châteaux d’Adeline Carron, les lumières fantasmagoriques d’Olivier Oudiou, les costumes élégants, riches en couleurs de Chantal Rousseau et les maquillages expressifs et soignés de Mathilde Benmoussa participent pleinement au bonheur de ce spectacle total.

Les chanteurs prennent possession de la vingtaine de personnages avec un plaisir communicatif parvenant à faire du public un acteur de cette joyeuse mascarade. Entre histoire d’amour contrarié un temps mais qui triomphe de tout, l’ivresse joyeuse de la foire de Farfa, en passant par les facéties et lazzi des serviteurs, entre la scène, la fosse et la salle, la magie du théâtre, de la Commedia dell’Arte opère.
Parmi les chanteurs nous retiendrons Muriel Ferraro, soprano travesti qui tient le rôle d’Egisto avec sensibilité. Dans le rôle d’Alvida (et de Virtu dans le prologue), Charlotte Plasse est une jeune veuve amoureuse d’une noblesse tendre et attachante. Le timbre sensuel d’Anoushka Lara convient parfaitement au rôle de la Nymphe Eurila et de la Volupté, tandis Blandine Folio Peres est une insolente et brillante Sylvia et une nourrice impertinente d’une grande drôlerie.
Dans les rôles des serviteurs d’Egisto Matthieu Chapuis et David Witczak nous régalent par leur truculence. Et si nous ne pouvons tous les citer, ils nous ont tous permis de savourer durant ces trois heures ce Parlar Cantando qu’ils rendent si naturels qu’on en oublie qu’il n’est pas encore du chant, mais n’en est pas si loin.
Mais il ne faut pas non plus oublier la chorégraphie de Françoise Denieau qui permet aux quatre danseurs de s’intégrer parfaitement et avec grâce dans le mouvement de la musique et de la parole.
Sous la direction chaleureuse et radieuse de Jérôme Corréas, les Paladins apportent des couleurs aux nuances ambrées d’une Italie rêvée. Si la vie est un songe, le théâtre une illusion, alors en ce dimanche après-midi, la troupe des Paladins, nous a permis de nous évader vers un ailleurs baroque d’une exceptionnelle beauté.

Monique Parmentier