Utmisol

Duos de cordes

L’ORANGERIE DE ROCHEMONTÈS

> 10 avril

Duos de cordes
Photographies par J.-J. Ader 
Duos de cordes
Photographies par J.-J. Ader 
La violoniste Liana Gourdjia et le violoncelliste Marc Coppey ont offert un superbe récital à l’Orangerie de Rochemontès, dans la lumière dorée de la fin de l’après-midi. Un public nombreux, plus jeune que souvent, s’est régalé de quatre pièces très différentes qui ont permis aux artistes de faire une démonstration convaincante et appréciée des différentes facettes de leur talent, qu’ils jouent en solo ou en duo. Le concert démarre par la Sonate 5 d’Eugène Ysaÿe, un défi difficile pour la violoniste qui sait adoucir la rudesse de certaines sonorités, user d’une grande virtuosité sans oublier une expression subtile. Puis Marc Coppey propose la Suite 3 en Ut majeur BWV 1009 de Jean-Sébastien Bach. Une musique sublime servie par une expressivité sans faille. Malgré des applaudissements précoces, Marc Coppey parvient à maintenir une sorte de magie recueillie qui emporte l’auditeur ailleurs. On pourrait être dans une église, dans une clairière un soir d’été, peu importe, c’est magnifique. Le public est absolument conquis. Pour connues qu’elles soient, les Suites de Bach servies par un bon interprète sont une redécouverte et un nouveau bonheur à chaque fois.
Ensemble les deux artistes proposent ensuite le Duo en sol majeur K 423 de Mozart, que le compositeur avait écrit pour aider son ami Michael Haydn, le frère de Joseph, qui ne parvenait pas à terminer une commande; d’abord attribué à Haydn, le duo a été rendu à Mozart. C’est charmant, riche d’effets subtils, parfaitement maîtrisés par les deux artistes, en très bonne harmonie.
Pour finir, la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel nous entraîne dans un univers bien différent: le compositeur a offert aux musiciens d’innombrables modes d’expression, leur faisant tirer de leurs instruments des sonorités insolites, démultipliant les effets classiques. L’ambiance est lourde, sombre. Ravel a vu mourir tant d’amis pendant la grande guerre et le climat général est pesant, ce qu’il traduit à merveille dans cette musique nostalgique et brutale à la fois. Les deux artistes jouent de manière quasiment fusionnelle et comblent le public en lui offrent en bis le second mouvement.
Bref, un très beau démarrage de printemps!

Danielle Anex-Cabanis