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Chant de guerre

Les musiciens de la grande guerre XI

Chant de guerre
 
Les musiciens de la grande guerre XI; Chant de guerre; Ensemble Double Expression; Direction artistique (et harmonium): Emmanuel Pélaprat, Sonia Sempéré, soprano, Jérôme Granjon, piano, Sandrine Chatron, harpe; CD Editions Hortus.

Le label Hortus poursuit inlassablement sa grande anthologie sur les musiciens et la grande guerre en explorant ici encore des répertoires rares, parfois inédits et souvent injustement méconnus. Comme pour les autres opus de cette très belle collection, on retrouvera dans ce tome XI des musiciens de différentes nationalités (France, Allemagne, Belgique, Italie), certains qui ont connu le front (Sigfrid Karg-Elert, 1877-1933; Florent Schmitt, 1870-1957), d’autres qui en étaient plus éloignés (Aymé Kunc, 1877-1958; Joseph Jongen, 1873-1953).
Ce tome XI, intégrant l’art de la transcription, fait une place toute particulière à l’harmonium (Mustel de 1898, en l’espèce), instrument auquel font appel les compositeurs de la Grande Guerre, soit comme instrument soliste, soit pour l’intégrer dans un petit ensemble (piano, harpe) et lui donner ainsi une dimension symphonique. Cet instrument, si prisé sous le Second Empire, et qui est à l’origine d’œuvres composées par de grands compositeurs (César Franck, Honegger, Berlioz, …) est aujourd’hui trop souvent synonyme, dans nos mémoires, de pompe à cantiques, résonnant, pas toujours avec justesse, dans les églises de nos campagnes!
Chant de guerre, composé en 1914 par Florent Schmitt pour ténor, chœur d’hommes et orchestre, et qui donne le titre de l’album, ouvre ce programme avec la très belle voix de la soprano Sonia Sempéré (transcription ici pour piano, harmonium et harpe). Ce chant patriotique, dont la composition est tout à la fois sobre et raffinée, est de toute beauté.
Puis un bien agréable moment passé avec les quatre improvisations de Joseph Jongen dans son In memoriam, op. 63, revisitant la musique sacrée en puisant dans la liturgie de la messe des morts, et ici merveilleusement interprétées par Emmanuel Pélaprat.
Parmi les différentes œuvres enregistrées, on appréciera la Pensée musicale, œuvre écrite par Aymé Kunc en 1916 à la mémoire des professeurs et des élèves du conservatoire de Toulouse, tombés au champ d’honneur (Aymé Kunc dirigea le conservatoire de Toulouse de 1914 à 1944).
Alfredo Casella (1883-1947), illustrant des œuvres de cinéma muet dans Pagine di guerra, op. 25, composé en 1915 et Sigfrid Karg-Elert, qui consacra une part très importante de sa production musicale à l’harmonium, sont également au programme.
De surprise en surprise, de découverte en découverte, ce tome XI, admirablement porté par l’ensemble Double Expression, est à la hauteur des exigences de cette très belle collection auxquelles les éditions Hortus nous ont habitués.

Christophe Bernard