Utmisol

Lakmé

Opéra Grand Avignon

> 20 mars

Lakmé
Photos par V. Bourilhon et par C. Delestrade/AMC Studio Avignon 
Lakmé
Photos par V. Bourilhon et par C. Delestrade/AMC Studio Avignon 
Lakmé
Photos par V. Bourilhon et par C. Delestrade/AMC Studio Avignon 
Lakmé
Photos par V. Bourilhon et par C. Delestrade/AMC Studio Avignon 
En coopération avec l’Opéra-Comique, l’Opéra de Lausanne, l’Opéra du Grand Avignon propose une Lakmé très réussie. L’héroïne de cette histoire très datée et révélatrice de bien des préjugés du temps fort de la colonisation est incarnée par la splendide Sabine Devieilhe, dont la voix sert à merveille ce personnage tout de grâce fragile et en même temps de force et détermination qu’est Lakmé. Elle est le personnage, elle aime son père et a un véritable coup de foudre pour le jeune officier anglais Gérald lui-même saisi par des sentiments réciproques. Elle choisit la mort parce que son rêve est impossible et pour sauver l’homme qu’elle aime, alors même qu’il est en train de renoncer.
Tout s’y oppose: le père de Lakmé, le brahmane, ne voit dans l’officier anglais que l’affreux colonisateur porteur de répression sur fond d’incompréhension et pour les Britanniques, ces hindous sont bien exotiques, donc pas de relation possible entre eux, sauf à déplacer des montagnes. C’est le drame de Norma, de Roméo et Juliette et, ici comme là, cela finit mal pour les amants dont l’un des deux ou les deux meurent.
Lilo Baur choisit une mise en scène en fait intemporelle, avec des décors parfaits, très beaux et épurés pour les deuxième et troisième actes, peu convaincants au premier. Le gros tas informe sur lequel sont déposées les offrandes semble une masse d’immondices dont la signification m’a échappé! On pense à Slumdog Millionaire devant les colonnes en autocuiseurs et boîtes de conserve. L’éclairage est très réussi et met en valeur le jeu scénique des chanteurs et des danseuses.
A côté de Sabine Devieilhe, les autres rôles sont assurés par de belles voix: une mention particulière pour le Gérald de Florian Laconi et Nicolas Cavallier excellent en Nilakantha. Julie Pastouraud est désopilante en Mistress Bentson et enfin Christophe Gay réussit parfaitement son Frédéric, bonne illustration du gentil qui ne comprend rien et cause d’irréparables dégâts.
Le public ravi fait un triomphe mérité à tous les musiciens, accordant aussi des applaudissements nourris au chef Laurent Campellone, à l’orchestre et au chœur renforcé pour l’occasion.

Danielle Anex-Cabanis

Ci-contre: photographies de la répétition sans costume.