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La magnificence de Bach

Château de Versailles - Chapelle Royale

> 22 septembre

La magnificence de Bach
 
Monteverdi Choir – English Baroque Soloist – Sir John Eliot Gardiner

La foule des grands jours s’est pressée dans la Chapelle Royale ce soir pour assister à la première de la saison de Château de Versailles spectacles. Le président sortant du domaine de Versailles, en personne, est venu honorer l’invité du jour, Sir John Eliot Gardiner.
Entre ce dernier et Bach un lien plus qu’étroit s’est noué, fondé sur une passion, que seule la musique du Cantor de Leipzig peut provoquer. Depuis 2000 et le pèlerinage accomplit pour célébrer le 250e anniversaire de sa mort, le Monteverdi Choir et son chef en donnent régulièrement des œuvres en concert.

Pour sa seconde venue à la Chapelle Royale, après de divines Vêpres de la Vierge de Monteverdi, Sir John a construit son programme autour des Motets de Bach afin de rendre hommage à ce lieu qui a connu les heures de gloire de ce type de composition musicale. Il y a par ailleurs rajouté des pièces pour orgues de Bach et François Couperin qui ont permis de faire sonner le magnifique instrument que l’on doit à Robert Clicquot et qui depuis le début du XVIIIe siècle orne ces lieux aussi bien par ses jeux aux couleurs flamboyantes que par la beauté de son buffet. De toutes les œuvres de Bach et François Couperin interprétées par l’organiste des English Baroque Soloists, c’est étrangement la Fantasia Sopra Jesu meine Freude, BWV 713 qui a le mieux profité de cette richesse.

L’atemporalité et l’universalité des motets de Bach a garanti leur longévité et fait qu’aujourd’hui encore, ils ne peuvent que nous bouleverser. Ils ont ce soir été servi par des interprètes exceptionnels.
Sous la direction de Sir John Eliot Gardiner élégante, délicate, souple et énergique, le Monterverdi Choir a donné aux mots toute leur résonnance dramatique et sensuelle. Il a été particulièrement attentif aux lignes de chant et aux contrastes pour mieux laisser l’émotion s’exprimer.

Placés des deux côtés de l’orgue portatif lui-même au centre, les 28 choristes ont d’emblée dans Komm, Jesu, Komm (BWV 229) ébranlé les cœurs. Ils ont nous bouleversé par cet appel à la libération des servitudes de la vie. Tandis que dans Fürchte dich nicht, Ich bin bei (BWV228), le chœur a soigné les attaques qui caractérisent le début de ce motet. Sur les derniers mots, les voix se sont enlacées en une découverte extatique de l’amour divin.
Der Geist hift unser Schwachheit auf (BWV 226) est le seul motet pour lequel on connait aujourd’hui les circonstances de composition, puisqu’il s’agit d’une messe d’enterrement. Les interprètes ont fait ressortir l’élégance raffinée de la construction et sa riche harmonie.

Après l’entracte, pour le plus attendu des motets, Jesu, meine Freude (BWV 227), Sir John Eliot Gardiner a modifié la disposition du chœur, laissant flotter une très légère confusion au sein du chœur. Mais dans la seconde partie de ce motet dans So aber Christi in euch ist, grâce aux trois solistes du Monteverdi Choir, nous avons vécu un instant de pur recueillement. On retiendra particulièrement, la voix de la soprano, au timbre rayonnant, pour qui chaque mot a semblé être quintessence divine.
Quant est arrivé Singet dem Herrn ein neues Lied (BWV225), tout en nuances, la douceur du chant a emporté le public vers l’infini céleste.
Le concert inaugural de la seconde saison de Château de Versailles spectacles a donc été une belle réussite.

Monique Parmentier